La Famille McKenn – Chronique d’un temps volé

Symbole de la famille McKenn

Symbole de la famille McKenn.

Origines – La terre de Sandy Shores

Implantée à Sandy Shores depuis le début du XXᵉ siècle, la famille McKenn vit de la terre du nord de San Andreas. Douglas et Mary McKenn perpétuent cette tradition : une ferme modeste, beaucoup de travail, peu de moyens, mais une certaine fierté de n’appartenir à personne.

Ils ont quatre enfants :

La vie est rude mais lisible : une saison de travail, une saison de récoltes, des comptes serrés, et ce sentiment que, malgré tout, le temps leur appartient encore.

Dans les années qui précèdent la Fracture, des hommes en costumes viennent plusieurs fois sur leurs terres. Ils se présentent au nom de Humane Labs, une société scientifique qui dit mener des “relevés géologiques” vers les montagnes du nord.

Douglas les voit s’intéresser de très près aux veines de quartz claires au-delà de la clôture nord. Il ne comprend pas tout, mais il note. Plus tard, dans ses carnets, il écrira un nom tombé d’un badge : “Projet SYNAPSE – Division Flux Temporel”.


1995 – Le Jour de la Fracture

Le 3 janvier 1995, au milieu d’une journée ordinaire passée à réparer une clôture, le ciel se déchire. Une lumière blanche, un bruit qui n’est ni tonnerre ni explosion. Puis plus rien. Une stase où les corps se figent, où seules les pensées semblent encore flotter.

Quand le monde se remet en marche, tous portent désormais un compteur sous la peau de l’avant-bras.

La nouvelle tombe : ce compteur indique le temps de vie restant. Dans le chaos des jours suivants, un nom remonte déjà jusqu’à Sandy Shores : Vito. Ceux qui disent pouvoir “aider” avec des capsules de temps.

Des hommes de la famille Vito viennent à la ferme. Ils savent qui a quoi au bras. Ils proposent un “accord de survie” : remonter les compteurs des enfants, en échange d’une dette qui ne sera jamais vraiment expliquée… mais bien réelle.

Douglas et Mary acceptent. Les compteurs des enfants remontent, parfois de plusieurs années. Leur temps sert d’abord à leurs quatre enfants… mais aussi à certains neveux trop jeunes pour être laissés derrière.

Les McKenn survivent. Douglas et Mary, eux, commencent à mourir à petit feu.


Après la Fracture – La dette et l’exil

Les années qui suivent sont marquées par :

Hank, encore enfant, prend trop vite un rôle d’adulte : il porte, gère, protège. Abby grandit avec la colère au ventre : contre Vito, contre l’injustice, contre ce monde qui a mis un prix sur les secondes de ses parents. Elias, trop jeune pour tout saisir, comprend seulement que ses parents se sont “éteints trop vite” pour qu’il soit encore là. Amélia, elle, ne garde que des images floues de l’avant, mais grandit avec un compteur qui clignote et des regards inquiets braqués sur son bras plus que sur son visage, avec la sensation diffuse d’être au centre d’un sacrifice qu’on ne lui explique pas.

Un cousin vivant plus au nord parle d’une scierie près de Paleto Bay, de travail dur mais constant, et de montagnes où l’air semble… différent.

Quand la ferme McKenn finit par être réquisitionnée, l’exil devient inévitable. Les enfants sont pris en charge par ce parent éloigné. Ils quittent Sandy Shores pour les hauteurs et le froid.

Là‑haut, entre pins et embruns, les McKenn deviennent des montagnards.


Une meute qui se reforme – L’arrivée de Tala

Dans ces années d’installation au nord, la scierie devient leur nouveau cœur :

C’est à cette période qu’ils croisent Tala, une jeune fille d’origine amérindienne, née après la Fracture et issue d’une petite communauté retirée dans les hauteurs. Sa mère, chamane et gardienne d’un savoir ancien, lui a transmis très tôt l’art de soigner par les plantes, le souffle et le toucher.

Quand cette communauté est dispersée et décimée par le chaos de l’Après‑Fracture, Tala survit seule en montagne. C’est ainsi que les McKenn la trouvent : amaigrie, méfiante, les mains encore marquées par les plantes et le sang séché des soins de fortune. Son compteur clignote dangereusement bas.

Ils auraient pu détourner le regard. Ils ne l’ont pas fait.

Recueillie sans condition, Tala apprend à vivre avec eux. Elle prend le nom McKenn sans cérémonie : d’abord par nécessité, puis par loyauté. Peu à peu, la montagne devient son territoire d’ombre : elle arpente les sentiers, piste les intrus, soigne les corps et les esprits quand les compteurs affolés font vaciller l’espoir. Pour elle, la famille n’est pas qu’un lien de sang : c’est une meute à protéger.


La découverte de la Racine de Vesper

Au fil des années, un constat trouble s’impose : dans certaines zones montagneuses, le temps semble se consommer plus lentement. Les compteurs “tirent” un peu moins, les secondes paraissent “coller” au corps.

C’est Elias, à seize ans, qui en fait l’expérience la plus flagrante. Après une chute dans une faille rocheuse, il reste coincé deux jours, au bord de l’inconscience. Pourtant, son compteur ne descend pas au rythme attendu.

À ses côtés, incrustée dans le quartz, pousse une racine pâle, presque translucide : la Racine de Vesper.

De là naît un secret :

La Racine de Vesper ne stoppe pas le temps. Elle le ralentit légèrement, de façon instable, fragile.

Pour la famille, ce n’est ni un miracle, ni une monnaie. C’est un sursis qu’ils refusent de voir tomber entre de mauvaises mains.


De nos jours – Une famille entre ombre et temps

En 2026, les McKenn ne sont ni riches, ni puissants. Mais ils ont survécu. Et ils ont obtenu la possession de la scierie de Paleto, pivot de leur vie et façade de leur secret.

En surface, les McKenn sont des travailleurs de l’ombre, des bûcherons endurcis vivant à la marge d’un monde fracturé. En profondeur, ils incarnent autre chose :

Que s’est‑il vraiment passé le 3 janvier 1995 ?

Tant que la scierie tourne, que la montagne murmure et que leurs compteurs continuent de battre, une chose est sûre : les McKenn ne comptent plus seulement survivre au temps. Ils comptent bien, un jour, le regarder en face.