Carnet I - Janvier 2026

11 Janvier 2026

L’appel de Red

Nous sommes allés assister à l’appel lancé par une certaine “Red” sur Birdy. Red, figure mystérieuse, que nous avons découvert ce jour-là comme faisant partie de ceux qui ont offert du temps à la population, était menottée à notre arrivée. Elle prononçait un discours visant à discréditer les Vito et à “réveiller” la population sur l’injustice des “élus” du temps : selon elle, le temps donné par les dérivants aurait été stocké, non pris. Les Vito étaient présents, discrets mais bien là, en retrait.

Ce qui m’a frappé, c’est l’attitude de la foule : la plupart semblaient fascinés, presque admiratifs, et beaucoup donnaient l’impression d’être “aux bottes” des Vito, comme si leur autorité était naturelle et incontestable. Ce mélange de curiosité et de soumission flottait dans l’air, et je ne savais pas trop quoi en penser.

L’offrande

Après cette scène, nous avons assisté à l’offrande, un rite où certains vident leur compteur pour redistribuer le temps à la population. Il y avait Red, qui était là de force après avoir avoué son appartenance aux dérivants, les “tricheurs de temps”. Elle a contribué à donner du temps à tout le monde, du temps stocké d’après ses dires. Il y avait aussi une personne qui ne voulait plus vivre et donnait son temps volontairement.

Le mont Chiliad

Avec Tala et Jo, nous sommes montés voir le temple au sommet du mont Chiliad. Pendant ce temps, Hank et Mia se sont rendus au Hen House, espérant glaner des informations et nouer des contacts. Là-bas, ils ont croisé des prêteurs sur gage de la famille Ben Beloul, un docteur de Synapse nommée Arizona CK (j’espère qu’il n’a pas remarqué le compteur de Mia), ainsi que Didi, membre du groupe “Moles Under Crack / Taupes”.

L’endroit ressemblait davantage à un tribunal Vito : tout était très blanc. On a vu trois trônes faisant face à « la barre », et trois tables en U avec quatre sièges chacune, comme dans un tribunal. Derrière les trônes, une statue entourée de six épées sanglantes. Les épées et la statue semblaient flotter, elles n’étaient attachées à rien, comme suspendues dans l’air. Le même symbole que sur les marches de « la barre » était présent sur le socle en dessous cette statue flottante.

Au fond, une arche avec une stèle se dressait au bord de la falaise, en face de la tour Vito. Nous ne sommes pas montés dessus, ne sachant pas ce qu’il pouvait se passer. De l’autre côté, il y avait une plateforme, type héliport ou ascenseur, qui semblait s’enfoncer dans la montagne…

Photos du temple/tribunal du mont Chiliad

Le tribunal, vue d'ensemble Le tribunal, vue d’ensemble

La statue derrière les trônes, entourée des épées La statue derrière les trônes, entourée des épées

La barre du tribunal La barre du tribunal

Symbole sur le socle Symbole sur le socle

Autre symbole sur le socle Autre symbole sur le socle

L'arche et la stèle au bord de la falaise L’arche et la stèle au bord de la falaise

Plateforme type héliport ou ascenseur Plateforme type héliport ou ascenseur


12 Janvier 2026

Le mont Chiliad

On vient de voir le message sur Birdy, de la part des Vito, annonçant que le « temple » au sommet du mont Chiliad est leur propriété et qu’il est interdit d’y accéder. Si on y va sans invitation, on risque de se faire arrêter. On a eu la chance de voir les lieux quand il n’y avait personne. Que se passe-t-il là-bas ?

Visite des Morvane

Nous avons été reçus chez les Morvane pour discuter d’une concession familiale. L’endroit, immense et lugubre, dégageait une atmosphère solennelle, presque écrasante. À notre arrivée, on nous a d’abord présenté le cimetière, les cryptes et les différentes possibilités de personnalisation, le temps que les Morvane terminent leur rendez-vous avec les Vito. Nous avons ainsi croisé ces derniers, tout juste sortis d’une entrevue. Garfield Junior Morvane, fils du duc Dragomir, nous a ensuite accueillis avec un mélange de courtoisie et de froideur, entouré de ses proches et de ses employés, tous plus singuliers les uns que les autres.

La discussion a rapidement porté sur les concessions : face à l’augmentation des décès et à la saturation des fosses communes, une nouvelle loi allait rendre obligatoire l’acquisition d’une concession. Garfield nous a détaillé les différents services : conservation des corps, héritage familial facilité, pages de mémoire dans leur bibliothèque, et même des prestations premium avec conciergerie et accès prioritaire à des capsules temporelles, en partenariat avec les Vito.

Les tarifs étaient vertigineux : 30 000 dollars la semaine pour la formule de base, 10 000 dollars par place supplémentaire, et jusqu’à 100 000 dollars la semaine pour les services VIP. Pour notre famille de six, le montant s’élevait à 80 000 dollars pour la semaine, mais Garfield a proposé une remise à 60 000 dollars en échange de notre bois, qui servirait à la fabrication de la crypte et des cercueils. Nous avons présenté un échantillon de notre bois noir, rare et solide, qui a suscité leur intérêt. Un accord a été trouvé : nous fournirons le bois nécessaire, et en échange, la famille bénéficiera d’une concession à tarif réduit.

Garfield a aussi détaillé les contrats concernant les capsules temporelles : avec la formule de base, nous pourrons bénéficier, en cas d’extrême urgence, d’une capsule d’une heure. Les formules supérieures permettent d’obtenir des capsules allant jusqu’à une journée, mais à des tarifs exorbitants : les Vito vendent ces capsules à 2 225 000 dollars l’unité. Ce système, réservé aux situations critiques, nous a rappelé à quel point le temps est devenu une marchandise précieuse, et à quel point il faut savoir négocier chaque minute.

La négociation a été ponctuée de remarques étranges, d’un humour parfois macabre, et d’une hospitalité toute particulière : entre les allusions à la mort omniprésente, les détails sur les capsules temporelles d’urgence, et les adieux teintés d’ironie, l’expérience fut aussi déroutante qu’instructive. Nous sommes repartis avec le sentiment d’avoir conclu un accord important pour la sécurité de la famille, mais aussi d’avoir pénétré un univers où la mort et le commerce ne font qu’un.

Synapse

Avec Mia, Tala et Jo, nous sommes allés au casino. On a pu gagner un peu d’argent, ce qui nous aidera à payer les fournitures nécessaires pour travailler le bois à échanger avec les Morvane et ainsi honorer notre contrat. Je pense qu’on va devoir refaire ça régulièrement.

Pendant ce temps, Abby et Hank sont allés voir Synapse, qui proposait de se faire « tester » en échange de quelques rations de survie. Hank a demandé à se faire tester, mais lui seul, pas Abby. Ils lui ont prélevé de la salive et du sang, mais ne lui ont pas donné de résultat.


13 Janvier 2026

Aujourd’hui, je me suis baladé un peu en ville, à Paleto. Rien de particulier à signaler, si ce n’est une étiquette étrange collée sur un distributeur de billets : « La machine a été entretenue par le C.O.D.E ». À part ça, la ville semblait calme.

Hank nous a avoué avoir parlé de ce qu’il avait ressenti de particulier dans les montagnes, lors de son passage à Synapse. Il a même dit qu’il voulait attirer Synapse pour récolter des informations. Ni Tala ni moi n’avons vraiment apprécié cette initiative : on a l’impression qu’il ne pense pas à la famille, ni surtout à Mia. Nous préférerions qu’il garde ce genre de choses pour lui, surtout avec Synapse. Nous avons peur qu’il finisse par évoquer la Racine de Vesper, ou pire, qu’il en parle à quelqu’un qu’il ne faudrait surtout pas mettre sur cette piste. Ce secret est tout ce qu’il nous reste : il protège la famille, mais il pourrait aussi attirer la convoitise ou la destruction si jamais il venait à fuiter. Et si Synapse s’intéressait à Mia, ce serait une catastrophe. Cette inquiétude a jeté un petit froid dans le groupe.

Ce soir, les Morvane sont venus à la scierie pour voir notre travail et finaliser la première livraison. L’ambiance était étrange, entre fascination pour notre bois et leurs demandes parfois déroutantes : ils voulaient à la fois du bois de la meilleure qualité et des déchets, pour leurs cercueils et cryptes. Le contrat a été confirmé pour des livraisons régulières, avec un mélange de bois premium et de bois de rebut. Les échanges étaient ponctués de remarques macabres, de propositions inattendues et d’un humour noir qui laissait parfois un certain malaise.

Pendant ce temps, Abby et Tala sont parties chez les Morvane pour un tirage de cartes. Seule Tala a accepté de se prêter au jeu, mais l’expérience ne lui a pas du tout plu : elle est revenue troublée, évoquant des esprits différents des siens et une sensation de malaise. Elles nous ont ensuite rejointes à la scierie, visiblement secouées par cette étrange rencontre.


15 Janvier 2026

Au commencement de cette journée, nous sommes allés livrer le bois pourri aux Morvane. Ce n’était pas pratique à charger ni à décharger, et l’ambiance était toujours aussi étrange. Sur place, nous avons croisé un journaliste, Jimmy Sullivan, qui semblait s’intéresser à tout ce qui se passe autour du manoir. Les discussions avec la famille Morvane étaient ponctuées de leurs habituelles remarques décalées, et on nous a rappelé leur système de parrainage pour les concessions. La livraison a finalement été acceptée, même si le déchargement a été laborieux.

Après la livraison, nous sommes passés au casino. Tala a gagné 1 600 dollars (2 500 – 900), Abby 14 100 dollars (15 000 – 900), et les autres sont repartis bredouilles, perdant juste le prix des jetons.

Dans l’après-midi, nous sommes allés voir le président pour nous présenter officiellement et proposer nos services à la communauté. Il nous a expliqué le fonctionnement de la redistribution du temps et l’absence de taxes pour les petites entreprises familiales comme la nôtre. Il nous a aussi conseillé d’aller voir la casse d’avions, où un groupe marginalisé pourrait être intéressé par du bois.

Nous avons donc tenté notre chance à la casse, mais l’endroit était désert et franchement inquiétant, avec des cadavres un peu partout. Nous n’avons croisé personne et avons préféré ne pas nous attarder. On a envisagé de passer une annonce sur Birdy pour tenter d’entrer en contact avec eux.

De retour à la scierie, un groupe en jaune est venu se garer devant chez nous. Abby les a accueillis à sa façon, ce qui a mis un peu de tension. Ils se sont présentés comme membres de la FDJ (Fan de Jeu), avec leur présidente. Ils cherchaient un lieu pour organiser un jeu et pensaient que la propriété était inoccupée. Ils ont parlé de trouver des emplacements dans la forêt, ce qui n’a pas trop plu à Tala : elle leur a bien rappelé de respecter les sentiers.

Peu après leur départ, nous avons vu un énorme hélicoptère venir récupérer des personnes au niveau du téléphérique, en bas. Il y avait les Morvane à bord, et l’hélico est parti les déposer au temple, en haut du mont Chiliad. Une vingtaine de minutes plus tard, un énorme bruit a retenti dans le ciel, venant peut-être du temple, mais impossible d’en être sûr.

Encore une demi-heure après, je suis parti me balader sur les sentiers près du téléphérique. J’ai aperçu l’hélicoptère, caché sur la plage derrière les falaises, en train de déposer des gens, mais ils étaient trop loin pour que je puisse les identifier.

En rentrant, tout le monde est parti se coucher. J’ai décidé d’aller faire un tour au Hen House, le bar de Paleto. Il y avait un concours de Mister et Miss : ambiance de zoo, ça m’a vite saoulé, alors je suis reparti.


18 Janvier

Aujourd’hui, Hank a trouvé une note près de l’ancien poste de shérif à Paleto :

Note ancien poste de Sheriff (1038) Note ancien poste de Sheriff (1038)

CHIEF SARA GRANT - PRISE DE POSTE


  • ENTRÉE DU 15.06.2020

Prise de fonction effectuée ce matin.
Les formalités ont été rapides. Trop, peut-être. Personne n’avait besoin d’explications.

Le bureau est fonctionnel. Rien de personnel à laisser traîner. C’est mieux ainsi.

Je connais les raisons de cette nomination.
Elles n’ont rien à voir avec mes résultats.
Elles ont à voir avec ce que je ne demande pas.

Anderson est parti comme prévu. Officiellement.
Il a essayé de maintenir une ligne qui n’existe plus. Je n’ai pas cette intention.
Le monde ne se redressera pas. Il peut, au mieux, rester stable.

Le compteur est stable aujourd’hui.
Ce genre de détail finit toujours par changer.

Les équipes du Nord ont besoin de cadre, pas de discours.
Je ferai en sorte qu’elles rentrent chez elles le soir. Le reste ne dépend pas de moi.

Mon rôle est clair:
éviter les incidents inutiles, limiter l’exposition de mes effectifs et maintenir l’ordre sans provoquer d’instabilité supplémentaire.

Je crois à la gestion du présent.

Fin de note.

Avec Hank, nous nous sommes inscrits à un jeu de la FDJ. Avant d’y aller, nous avons fait un petit tour dans Paleto. Dans la cour d’un motel, nous sommes tombés sur des barrières « Atlas Research 76. Chrono Crime Scene. Do not cross ». À l’intérieur, un homme gisait sur le sol avec une lettre :

Lettre - Homme Mort Lettre - Homme Mort

LETTRE - HOMME MORT


Je n’en peux plus… Cela fait maintenant 5 jours que cela dur ! Du matin au soir et du soir au matin, encore et encore du bruit, a tel point que je n’arrive plus à m’entendre penser !

Les murs sont si fins ici que j’entends les aiguilles de la montre de mon voisin de chambre tourner !

Je lui ai déjà dit de faire moins de bruit, que c’était difficile pour tout le monde de vivre ici !

Demain, j’irai lui parler une dernière fois et, s’il n’entend pas raison, seul dieu sait ce qu’il adviendra…

Le jeu des FDJ

Avec Hank, on a rejoint le jeu des FDJ auquel on s’était inscrits.

On est arrivés assez en avance, au nord, près d’un pont. Les organisateurs nous ont fait patienter, puis ils ont expliqué le terrain : la zone de jeu était délimitée entre deux ponts, l’un bien visible et l’autre à peine perceptible. Le message était simple : on ne sort pas de la zone.

Ensuite, ils nous ont prêté des radios (à rendre à la fin), fournies par le LSPD « sous décret gouvernemental ». Ils ont séparé joueurs et spectateurs, puis on a calé la fréquence (40.13). Et ils l’ont répété plusieurs fois : ce soir, ce serait individuel.

Pendant qu’on attendait, on voyait passer des messages de Time To Tell : des engueulades entre le gouvernement et les maires de Paleto, virés brutalement, des radios désormais interdites par décret… et, en parallèle, une manifestation au gouvernement. Tout donnait l’impression que la ville était à deux doigts d’exploser, alors que nous on était là, à se préparer à courir après des post-its.

Après ça, il y a eu le discours d’ouverture — très théâtral — avec remerciements à la famille Vito, sponsor de la soirée, et présentation de leur concept : une chasse au trésor. On devait trouver des post-its/indices, résoudre des énigmes, récupérer des mots et reconstituer une phrase complète.

Ils ont ensuite distribué la carte de la zone par petits groupes, puis ils ont donné le départ. Et là, tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens.

En chemin, ils avaient prévu des bonus et des malus. J’ai eu droit à deux minutes à ramper dans la terre. Je l’ai fait en serrant les dents : c’était humiliant, mais je voulais pas leur donner une raison de plus de me prendre en grippe.

Malgré ça, j’ai réussi à résoudre plusieurs énigmes et à récupérer quelques mots. Une épreuve m’a mené au hasard, et j’ai reçu « ils ». Une autre tournait autour de la peur, et le mot associé était « toi ». J’ai aussi répondu à une énigme sur la mémoire, et on m’a donné « joues ».

À la fin, ils ont rappelé tout le monde au point de départ pour la remise des prix. Il y a eu des applaudissements, des feux d’artifice, et l’annonce des trois gagnants. Hank a gagné le 1er prix : une capsule d’un jour.

À peine les récompenses données, on a senti nos compteurs s’affoler d’un seul coup. Et là, une voix a surgi dans nos téléphones et dans nos radios :

Habitants de Los Santos, voici ce qu’on vous cache. On vous a appris à remercier la famille Vito, à croire qu’elle veille sur le temps comme sur un trésor fragile, à accepter leurs règles comme une fatalité. C’est une histoire soigneusement construite. Quelque part, sous terre, existe une pièce dont personne ne parle : la salle de taille. Là, les propres enfants de la famille Vito sont alignés, observés, testés, jugés. Pas pour être protégés, pour être triés. Ceux déclarés non fiables ne reçoivent ni aide ni pardon. Ils sont fauchés. Un geste suffit, un compteur s’effondre, une vie disparaît en silence. Toutes les capsules ne proviennent pas de cette salle, mais une part du pouvoir des Vito s’appuie sur ces coupes invisibles, sur des existences retranchées au nom d’une prétendue pureté. S’ils sont capables d’effacer leurs propres enfants, que pensez-vous qu’ils réservent au reste du monde ? On vous parle d’ordre, on vous parle d’équilibre. En réalité, on pratique la sélection. Aujourd’hui, le secret remonte des profondeurs et ce qui est révélé ne peut plus être enterré. Refusez qu’on décide pour vous la valeur d’une vie. Le temps doit appartenir à ceux qui le vivent.

Il y a eu un très court instant de répit. Puis nos compteurs se sont remis à délirer. Un orage a éclaté. Le temps a ralenti, comme si l’air était devenu lourd. Il y avait un son bourdonnant, et pendant une seconde j’ai eu l’impression qu’on allait s’envoler — avant que tout revienne à la normale, d’un coup.

Après ça, l’organisation a repris la main comme si de rien n’était. Luc a commencé à récupérer les radios prêtées pour le jeu. Je lui ai rendu la mienne.

Sur place, j’ai entendu les gens débriefer. Les gagnants expliquaient comment ils s’en étaient sortis : dès qu’ils ont eu les quatre premiers mots, ça leur a permis de déduire le reste. La phrase complète à trouver, celle qui clôturait le jeu, c’était : « Si tu ne joues pas avec eux, ils joueront avec toi. »

Après avoir félicité Hank, on a quitté les lieux. Les discussions ont continué sur des détails absurdes (acheter un véhicule, dormir sous tente pour s’isoler, les « bugs » des compteurs…) et sur la valeur délirante de sa capsule d’un jour à la Chronobanque : 265 000 $.

Moi, je n’étais pas sur le podium. Mais je retiens surtout une chose : la FDJ sait occuper une foule et lui faire oublier le reste pendant une heure. Et je sais pas si c’est rassurant.


19 Janvier

On est allés voir les Écorchés, à la Crassipeauté. L’endroit avait cette odeur de rouille et de sueur, et surtout cette impression que tout se négocie — même ce qui ne devrait pas.

Ils nous ont expliqué leur truc, sans détour : ils peuvent se procurer à peu près n’importe quoi pour la population. Ce qu’ils ne trouvent pas, ils le prennent. Et ils le disent comme si c’était normal.

Ils veulent du bois pour leur marché. El Presidente a dit qu’il paierait, donc on peut facturer cher. Ça devrait me rassurer… mais j’ai du mal à faire confiance à une promesse quand, partout, ça menace dans le vide.

Justement : les Morvane ont eu des tags colorés « La vie en couleur ». Ça leur a déplu, et ils ont décrété que le lundi serait le « Black Monday » : tout le monde devra porter du noir, « sinon la mort s’approchera de vous ».

Mes frères et sœurs sont allés acheter des fringues noires tout de suite. Sauf Jo, évidemment, avec sa veste violette bien vive. Moi, j’ai déjà des vêtements plutôt sombres. Mais le fond du problème n’est pas la couleur : c’est le réflexe d’obéir. Je trouve ça stupide. Sur Birdy, d’autres groupes répondent avec un « Color Monday », tout le monde en couleur — eux, au moins, ne menacent pas. Cette petite gueguerre, et surtout le fait d’y participer en se pliant à la peur, ça me répugne.

Tout le monde est parti se coucher.

J’ai fait réparer le Sadler, qui était dans un sale état (bien joué Jo). J’en ai profité pour l’améliorer : transmission, turbo et freins, pour 14 500 $.

Il y a un hélico qui n’arrête pas de survoler Sandy Shores. Apparemment, El Presidente se serait fait enlever. C’est chiant pour nous s’il ne peut plus nous acheter le bois.

J’ai aussi suivi les panneaux en bois dont Tala m’avait parlé. Apparemment, ils ont bien embêté Hank. Et plus je les suis, plus j’ai l’impression qu’ils mènent au lieu de l’offrande.


20 Janvier

La journée a commencé avec des discussions très terre-à-terre, comme si le monde n’était pas en train de se fissurer sous nos pieds.

On a reparlé du bois pour la Crassipeauté et du paiement par le gouvernement. J’ai compris qu’il y aurait trois cents planches à livrer jeudi, autour de 300 à 400 dollars l’unité. En théorie, ça fait une grosse rentrée d’argent. En pratique, ça veut surtout dire une logistique compliquée, et surtout une histoire de paiement en liquide : on parle d’un montant énorme à récupérer, et qu’il faudrait être plusieurs pour sécuriser le transport.

Les signes et les documents

Avec les autres, on a continué à chercher des indices : des endroits « un peu particuliers », des tours, des panneaux, des papiers au sol, des notes laissées à côté de lieux qui accrochent l’œil. Rien n’est clair, mais on a l’impression que certains objets — lettres, documents, petites notes — servent de jalons, comme si quelqu’un balisait une piste.

Le casino

On est passés au casino, on a gagné un peu d’argent, et surtout, il s’est produit la même chose que pendant le jeu de la FDJ : un très gros orage sans pluie, le temps a ralenti d’un coup, vision trouble, une sensation étrange de légèreté comme si on allait décoller… puis la gravité est revenue brutalement, comme un claquement sec.

Le cimetière de Vinewood

Ensuite, on est allés au cimetière de Vinewood, pour voir s’il n’y avait pas d’autres notes, d’autres papiers, un signe… mais on n’a rien trouvé.

Alerte à Sandy Shores

C’est à ce moment-là qu’on a commencé à recevoir des notifications : une anomalie, quelque chose qui venait d’apparaître à Sandy Shores. Il fallait évacuer la ville, et il ne fallait pas s’approcher. Synapse a même envoyé une notification comme quoi ils allaient « toucher » l’anomalie.

On est allés voir de loin, en restant prudents : routes pas vraiment bloquées, présence de monde, et une atmosphère tendue. À distance, on distinguait une énergie bleutée, comme une sorte de phénomène anormal au milieu du décor. Il y avait aussi des personnes en tenue de scientifique, et des gens qui semblaient encadrés.

À un moment, une voiture est partie en trombe ; Abby a dit qu’elle aurait embarqué des gens avec les mains en l’air. On n’est pas restés : trop d’inconnues, trop de risques, et surtout ce sentiment que quand ça bouge, ça bouge vite — et rarement dans le bon sens.

Quantum, la cérémonie, et l’interruption

Après Sandy Shores, on a fini par se rendre à Paleto, vers le port, là où devait se tenir une cérémonie liée à Quantum.

Ils ont commencé par imposer des règles simples mais martelées : respecter le lieu, respecter leur terre « sacrée », ne pas saccager, ne pas provoquer. Ils ont insisté aussi sur le silence (téléphones, etc.). Puis ils ont annoncé que l’endroit serait désormais considéré comme un lieu de culte officiel de Paleto.

L’ambiance était déjà électrique. Avant même de commencer, ils ont dû répéter les règles plusieurs fois, parce que des gens parlaient, plaisantaient, s’agitaient, et surtout parce que certains laissaient sonner leurs téléphones. Ils ont fini par être très clairs : téléphone en silencieux, et si quelqu’un n’y arrivait pas, mode avion. Pas par caprice : parce que ça rendait la cérémonie impossible à suivre.

Ils ont ensuite expliqué pourquoi on était là : ils disaient que certains étaient curieux de ce qu’ils faisaient, et que d’autres, au contraire, cherchaient à les provoquer. Ils ont parlé de leur prophète, qu’ils appellent Quantum.

Ils ont annoncé officiellement que, dès cette semaine, le lieu était considéré comme un lieu de culte officiel de Paleto.

Puis ils ont raconté leur « rencontre » avec Quantum : une nuit d’hiver, sur la plage, un homme avec une capuche, impossible de voir son visage. Ils ont jeté un œil à son chrono : il affichait l’infini. Et avant de disparaître, l’homme leur aurait dit : « Le temps n’est pas une ligne droite. »

Pour eux, le chrono n’est pas une malédiction mais un cadeau ; il faut laisser le temps s’écouler, ne pas chercher l’immortalité. Et le temps manipulé « comme un jeu » serait impur.

Ils parlaient ensuite d’une prière, et d’une initiation : une première étape pour les volontaires. L’idée était de se mettre par deux (si possible avec quelqu’un qu’on ne connaît pas), de s’éparpiller un peu sur la plage, de se placer face à la mer, et de suivre leurs consignes.

Pendant la cérémonie, on a aussi reçu une notification à propos de l’anomalie : il serait possible de gagner jusqu’à deux heures sur son compteur en la traversant, mais c’était fortement déconseillé.

Et puis… ça a déraillé.

Au moment où ils essayaient de passer à la prière et de faire respecter un moment de silence, ça a dégénéré. Il y avait des gens qui continuaient de provoquer, de s’insulter, et surtout, ça bougeait beaucoup près des véhicules.

Ils ont commencé à donner des consignes de sécurité : s’écarter des voitures, faire attention, se barrer, parce que « ça va péter ». Puis ils ont annoncé qu’ils étaient au regret de devoir annuler la veillée, et qu’ils la reporteraient ; ils mettraient une affiche et referaient une cérémonie dès que possible.

Après ça, dans la confusion, des gens ont été embarqués de force. Je n’ai pas la certitude de tous les détails (les voix se mélangeaient, la scène était confuse), mais j’ai entendu le nom de la Meute. Ce que j’en retiens, c’est surtout l’effet produit : de la peur, de la pression, et l’idée que ça pouvait déraper à tout moment.

Plus tard, une autre notification est tombée : l’anomalie aurait disparu.

Ma balade du soir

Comme tous les soirs, je suis allé me balader, cette fois en direction de Paleto puis de la plage. J’ai croisé une voiture qui s’est arrêtée pour me demander ce que je faisais là.

Ils se sont présentés comme le C.O.D.E. Ça m’a fait repenser à l’étiquette « C.O.D.E » vue les jours précédents sur un distributeur : je leur en ai parlé, et ils m’ont confirmé que oui, c’était bien eux qui s’occupaient de ça.

Je commence à me demander si les gros orages bizarres qu’on a vécus — comme pendant le jeu des FDJ, puis au casino — ne seraient pas un signe : l’annonce qu’une anomalie est apparue quelque part.


22 Janvier 2026

Aujourd’hui, on a eu l’impression de courir après des événements qui ne nous attendaient même pas.

Abby et la phrase « de trop »

Abby est partie se changer dans un magasin de vêtements. Là-bas, un type s’est approché d’elle au téléphone, assez près pour que ce soit impossible de ne pas entendre.

Il parlait du duc Morvane. Il disait qu’il était « dans la merde » avec les Vito.

Je ne sais pas si c’était une vraie information, une rumeur lancée exprès, ou juste quelqu’un qui aime se sentir important. Mais ça nous a suffi pour avoir, toute la journée, ce petit bruit de fond dans la tête : si même les grandes familles se tiennent à la gorge, alors nous, on n’est rien du tout.

Réunion au Hen House : la place au concile

On pensait aller à l’enterrement de José (celui qui n’en pouvait plus et qui avait offert son temps à l’offrande). Avant ça, on est passés au Hen House, à Paleto. Il y avait une réunion à propos du poste qui s’est libéré au concile.

La discussion était confuse, bruyante, mais une chose était claire : Paleto veut une voix.

Hervé et Bernard poussaient l’idée depuis un moment. Ils parlaient de manifestations, de négociations, de droits, de temps distribué aux plus nécessiteux. D’autres rappelaient que leur manière de communiquer est parfois agressive, que « pisser sur le gouvernement » ne fait pas forcément venir les soutiens, et qu’il faudrait peut-être un suppléant si le président décide de jouer son joker.

On a aussi entendu des choses très pratiques (et très inquiétantes) :

À un moment, j’ai pris la parole. Sur le coup, c’était juste… parce que j’étais là.

Je me suis présenté : Elias, je travaille à la scierie de Paleto avec ma famille. J’ai dit que je n’avais pas prévu de discours, que c’était improvisé, mais que si on avait besoin d’aide ou d’un coup de main, j’étais partant.

Après, en redescendant, je me suis senti un peu bête. Pas honteux d’avoir parlé, mais lucide : ce n’est pas une histoire d’élection populaire. C’est une histoire de relations, de recommandations, de portes qui s’ouvrent seulement si tu connais les bonnes personnes. Et ça, ça me dégoûte.

L’enterrement de José

On est allés à la cérémonie.

Ça a commencé au temple de l’offrande, puis on a suivi un cortège jusqu’au cimetière. Les Morvane ont fait ça comme une grande pièce de théâtre : discours, musique, slogans, et ce mélange étrange de solennité et d’humour macabre.

Il y a eu des prises de parole où l’on répétait qu’il ne fallait pas pleurer, que José était « sacré », qu’il devenait un pont entre les mondes. Puis au cimetière, ils ont brûlé la dépouille.

Et la pluie a commencé à tomber pile à la fin.

Je sais que ça ne prouve rien. Mais je n’arrive pas à me sortir de la tête l’impression que certains savent très bien fabriquer des coïncidences.

Le plus dérangeant, c’est qu’une voyante a « senti » quelque chose : José aurait été en colère, aurait su qu’un coup se préparait contre la famille Vito, et que la personne serait « proche » de lui. Vrai ou faux, ça plante une graine. Et les graines, ici, poussent vite.

Casino, puis la police à la scierie

Après, on a profité d’être en ville pour passer au casino, histoire de souffler. Mais on n’a pas eu le temps de se sentir vraiment légers.

Des policiers ont contacté Hank sur Birdy, puis ils sont venus à notre rencontre à la scierie.

Ils lui ont posé des questions étranges : est-ce qu’il est déjà allé au motel Morova (près du bato), est-ce qu’il a déjà été drogué, est-ce qu’il donne son sang. Hank a dit non. Il a juste parlé d’une prise de sang récente dans un bus Synapse (salive + sang), à laquelle il avait consenti.

Ils n’ont rien voulu nous dire sur ce qu’ils avaient trouvé, en parlant de « secret professionnel ». Mais ils ont pris nos numéros et nous ont demandé de les rappeler si on avait le moindre souvenir ou si quelqu’un essayait de nous prendre du sang.

J’essaie de rester rationnel. Une poche étiquetée, ça peut être volé, perdu, trafiqué. Mais quand la police te parle de sang comme d’un objet qui circule, tu te sens vite concerné, même si tu n’as rien fait.

Le gouvernement, le concile, et la livraison reportée

On est passés au gouvernement récupérer l’argent pour les planches qu’on doit livrer aux écorchés. Et j’en ai profité pour demander comment candidater au concile.

Ils m’ont confirmé ce que j’avais compris au Hen House : il n’y a pas de « liste ». Ce sont les membres du concile qui proposent et qui élisent. Il faut se faire bien voir, faire la tournée, se rendre utile — bref, faire de la lèche.

Très peu pour moi.

Enfin, on est allés chez les Écorchés livrer le bois, mais ils étaient occupés avec leur redistribution de temps. On livrera plus tard.

Je rentre en me disant qu’on vit dans un endroit où tout se monnaie : le temps, l’influence, même la mort. Et nous, au milieu, on essaie juste de livrer des planches et de rester en famille.


23 Janvier 2026

J’ai l’impression que la ville a décidé de nous donner, en une seule journée, assez de raisons de ne plus dormir.

La moto

Je suis allé chez le concessionnaire d’occasion pour commander une moto enduro. Quand j’ai vu le prix — un quart du neuf — j’ai pas trop réfléchi. Ça fera plaisir à Jo. Et, si je suis honnête, ça me fera plaisir aussi : voir Jo sourire, c’est une des rares choses qui ne paraît pas factice ici.

J’essaye de ne pas me raconter d’histoires : ce n’est pas une « bonne nouvelle », c’est juste une respiration. Mais on prend ce qu’on peut.

Le rendez-vous de Hank avec les Dérivants

Hank avait rendez-vous avec les Dérivants. Il nous a invités quelques minutes après le début de leur entretien. Je m’attendais à du mystère et des phrases creuses… et pourtant, pour une fois, on a eu des choses concrètes.

Ils ont commencé par répondre à une question qui traîne partout : les « fauches ».

Selon eux, ce document-là est authentique. Ils disent que c’est eux qui ont missionné un groupe pour aller en chronozone récupérer l’original, avec un acte signé « dérivant ». Et surtout : l’un d’eux affirme avoir eu l’original entre les mains et avoir fait les copies lui-même. Il parlait comme quelqu’un qui sait que sa crédibilité est tout ce qu’il a.

Le détail qui m’a glacé, c’est l’erreur dans le démenti des Vito : ils ont déclaré que les fauches s’étaient arrêtées avant la Fracture. Sauf que le document daterait de 96, et la Fracture de 95. Eux-mêmes se seraient « grillés » en voulant aller trop vite.

Ils ont aussi lâché une info, presque au détour d’une phrase : les gamins fauchés auraient en moyenne dix ans.

Après, la discussion a dérivé (sans jeu de mot) sur la chronozone. Ils nous ont rappelé à quel point c’est suicidaire : pour donner un ordre d’idée, les gens envoyés la dernière fois auraient « perdu » environ trois jours sur leur chrono en quinze minutes là-dedans. Quinze minutes. Trois jours.

Ils ont aussi parlé des petites consoles/écrans qu’on trouve un peu partout (celles qui donnent l’impression de vouloir qu’on les remarque). Ils ne savaient pas si on en trouverait en chronozone, mais ils connaissent des gens capables de fabriquer quelque chose pour « cibler » une zone de recherche de ces consoles. Ils ont proposé de nous mettre en lien si on en a besoin.

Puis ils ont expliqué leur position politique, très clairement :

Ils ont insisté sur un point : pour eux, les Vito ne sont pas « l’ennemi », mais un mal nécessaire. Ils pensent que si on les remplace, ce sera peut-être pire — ou alors personne ne les remplace, et on est morts.

Ils ont aussi répondu sur l’histoire des dix jours : d’après eux, les dix jours donnés lors de la « bifurcation », c’était bien eux… mais pas pris sur les compteurs des gens. Ils ont décrit un « serveur temps » et des antennes : comme un château d’eau. Le contenant appartient à quelqu’un, le contenu (le temps stocké) n’appartient à personne et à tout le monde à la fois. Eux auraient « ouvert les vannes ». Les dix jours venaient d’une réserve.

Et au passage : ils disent ne pas être responsables du retrait (les jours enlevés), ni de « l’enlèvement ». Ils trouvent ça illogique de prendre dix pour en rendre quatre, et ils pensent que des gens se sont fait passer pour eux.

J’ai retenu une autre chose, plus intime : ils nous ont dit que si on commence à arriver en fin de compteur, on peut les recontacter. Ils renverraient vers des gens qui redistribuent une partie de leurs stocks. Ils le disent presque calmement, comme si c’était un service régulier. Ça devrait rassurer. Moi, ça m’a surtout rappelé à quel point on est près du bord.

Avant qu’on parte, on a parlé des panneaux (ceux qui nous font tourner en rond depuis des jours). Eux affirment qu’à la fin, il y a un petit téléphone avec un logo « dérivants », et que c’est lui qui mène à la suite. Apparemment, c’est « en face du Yellow ». On n’a juste pas ouvert les yeux assez grand. Possible.

Les Morvane : meeting à Sandy Shores, gala et humiliations

Plus tard, les Morvane ont fait un petit meeting à Sandy Shores.

Entre deux phrases absurdes et des morceaux d’humour noir, ils ont réglé des histoires d’argent : bois, avance, concession. Ils ont aussi offert à Hank une invitation à leur soirée privée, chez eux, avec un accompagnateur.

Hank m’a proposé de venir avec lui.

J’étais pas chaud. Pas envie de me déguiser pour aller sourire chez des gens qui parlent de cryptes comme d’un salon de thé.

Le problème, c’est qu’ils l’ont entendu.

Et ils ont annulé l’invitation, comme ça. Instantanément. Une punition d’enfant, mais avec le pouvoir des adultes.

Plus tard, ils ont invité Abby. Et Abby a proposé à Hank de l’accompagner. Résultat : Hank a regagné l’invitation.

Je devrais être soulagé pour lui. Mais je garde surtout cette sensation : ici, même une invitation est un collier. Et ils aiment sentir quand tu tires dessus.

Trois coups de tonnerre, puis l’anomalie au Pop’s Diner

Dans la soirée, on a entendu trois coups de tonnerre, espacés de quelques minutes. Sur le moment, rien. Pas de pluie, pas de suite. Juste ce son, comme un avertissement.

Et puis, plus tard : une apparition d’anomalie, juste à côté du Pop’s Diner — là où on achetait à manger et à boire. C’est Tala qui l’a repérée. On était les premiers sur place.

De près, c’était… difficile à décrire sans avoir l’air fou.

Quand tu t’approches, le temps ralentit. Ton compteur s’emballe. Et une force te repousse, violemment, comme si l’air avait décidé que tu n’avais pas le droit d’exister à cet endroit. Certains se sont faits éjecter sèchement. Ça fait mal. J’ai vu des gens retenter en boucle, persuadés qu’il y avait « un timing », une fenêtre entre deux impulsions rouges.

Il y avait un flash rouge, régulièrement, et on avait l’impression qu’il fallait entrer juste avant, ou juste au bon moment. Sauf qu’à chaque tentative ratée, tu voles.

La police a fini par arriver et a demandé aux gens de reculer. Ils ont dit que l’Ordre et Synapse avaient été informés. Ils ont aussi rappelé un truc qui m’a mis la rage : à Sandy Shores, l’autre anomalie aurait permis à certaines personnes de gagner du temps… mais ensuite on leur aurait repris. Les Vito récupéreraient ce que les gens ont gagné.

J’ai entendu qu’un scientifique aurait perdu quinze minutes, et qu’au moins une personne, ce soir-là, a gagné « un petit peu de temps », quelques heures. Évidemment, ça attire les vautours.

Vers 23h16, l’anomalie a disparu. Plus d’interférences. Comme si elle n’avait jamais été là. Mais nous, on était encore là, avec nos bleus, nos questions, et cette impression que tout ça devient plus fréquent.

Si je relie les points : orage sans pluie, coups de tonnerre, puis anomalie. Ça fait déjà plusieurs fois. Je commence à croire que le ciel nous prévient — pas pour nous sauver, juste pour qu’on ait le temps de comprendre qu’on va encore serrer les dents.


25 Janvier 2026

Aujourd’hui, j’ai surtout vu deux choses : à quel point les Écorchés savent faire commerce de tout… et à quel point je suis soulagé de ne pas avoir mis un pied chez les Morvane.

Le marché d’échanges des Écorchés (Crassipeauté)

On est allés au marché d’échanges des Écorchés.

L’ambiance est toujours la même : ça parle vite, ça sourit sans chaleur, ça montre des objets comme on montre des arguments. Ils ont proposé des outils, des kits de réparation, et aussi des armes blanches. Ils ont même fait des « démonstrations ».

On a demandé deux outils de crochetage. Ils nous ont dit que c’était jouable.

Ils nous ont aussi demandé ce qu’on pouvait proposer en échange. On leur a parlé de la scierie, mais aussi de la mine : aluminium, silice, fer, poudre, plomb, argent… Ils ont eu l’air intéressés, surtout quand ils ont compris qu’on pouvait fournir autre chose que du bois.

Ils ont évoqué une valeur « marchande » (au doigt mouillé) autour de 20 000 $ pour les haches/outils, puis ils ont insisté sur un point : ils ne veulent pas forcément être bénéficiaires — tant qu’ils récupèrent quelque chose qui a du sens pour eux. Ils nous ont dit de repasser avec ce qu’il faut (métaux, surtout) pour finaliser l’échange.

Et on a enfin déchargé les planches : les fameuses 300. Les bras s’en souviennent.

Synapse : silence radio

On a tenté de joindre Synapse. Personne ne répondait. Répondeur, ou rien.

Dans ce monde, quand ceux qui « savent » ne répondent plus, ça laisse un goût mauvais.

Jet-skis, îlots, et l’antenne grillagée

Comme on n’arrivait à rien avec Synapse, on a décidé d’agir autrement : on a acheté des jet-skis.

L’idée, c’était de pouvoir naviguer et d’aller voir des îlots — notamment celui que j’avais repéré l’autre jour, avec une construction et une antenne.

On a commencé par des petits îlots avec des carcasses d’avion. Rien à signaler. Pas de note, pas de console, pas d’indice. Juste du métal mort.

On a poussé jusqu’à l’îlot que j’avais en tête : pareil, rien de spécial.

Sur le retour, on est passés par le canal près de Fort Zancudo. Là, il y a une petite île, du côté de Stab City, avec une antenne et des barrières. Je m’y suis arrêté avec Mia.

Au pied de l’antenne, on a trouvé un container. À l’intérieur : des ordinateurs/serveurs, des moniteurs, des lumières vertes (des diodes), mais rien qu’on pouvait vraiment exploiter sur place.

Et surtout : une note.

RECETTE - MOYENNE DE COMPTOIR RECETTE - MOYENNE DE COMPTOIR

RECETTE - MOYENNE DE COMPTOIR


Voici la préparation de la Moyenne de Comptoir, un plat réservé aux établissements financiers un peu trop fiers de leurs portes blindées, trouvables principalement a Sandy-Shores et Paleto Bay.

Cette recette inclut automatiquement des gardes, fournis par la maison, et de petites capsules de temps en guise de récompenses pour les chefs les plus persévérants.

Ingrédients indispensables:

  • Une poignée de crochets (bien affûtés)
  • Une thermite bien relevée
  • Une perceuse tendre et docile
  • Des gardes (ingrédient obligatoire, non substituable)

Préparation:

  • Commencez par les crochets : parfaits pour ouvrir la voie dans ces établissements où les portes aiment trop rester fermées.
  • Ajoutez ensuite la thermite, laissez fondre jusqu’à obtenir une ouverture parfaitement caramélisée.
  • Incorporez la perceuse, avec douceur mais détermination : elle doit vibrer juste ce qu’il faut pour atteindre le cœur du “comptoir”.
  • Si tout s’est bien passé, vous trouverez à l’intérieur de jolies capsules de temps, de véritables récompenses brillantes pour les amateurs de surprises.
  • Les gardes, quant à eux, sont un ingrédient imposé: bruyants, piquants, et impossibles à retirer de la recette. À manipuler avec prudence.
  • Servez rapidement, avant que la situation ne devienne trop… explosive.

C’est exactement le genre de document dont parlaient les Dérivants l’autre jour. Les notes posées près des écrans.

On est tombés dessus par hasard. Et j’aime de moins en moins l’idée que d’autres, eux, ne tombent pas dessus « par hasard ».

Chez les Morvane : roulette russe, loterie et cluedo réel

Pendant qu’on faisait tout ça, Abby et Hank étaient à la soirée des Morvane.

De notre côté, on recevait des messages d’Abby. D’abord des trucs tendres, presque trop, comme si elle écrivait à quelqu’un avant de disparaître. Puis ça a viré : roulette russe, jeux « organisés ». Et en parallèle, les notifications du NTM (New Morvane Times) qui en rajoutaient une couche : armes distribuées, parfois chargées par le public, « divertissement » au manoir.

À un moment, Abby a envoyé : « Hank rentre pas ce soir et moi bah je sais pas… » J’ai senti mon estomac tomber.

Ensuite, elle a écrit qu’« une personne a gagné Hank pendant 24h ». Gagné, comme un lot. Et juste après : « moi j’ai le droit d’aller dans le laboratoire des Morvane… »

Quel laboratoire ? Celui des morts ? Ou un autre ? Chez eux, la frontière entre “jeu”, “science” et “tombe” n’a jamais l’air nette.

Puis NTM a annoncé qu’un meurtre avait eu lieu au manoir : un gardien poignardé. Les portes bouclées. Les invités enfermés jusqu’à ce qu’ils trouvent le coupable. Un Cluedo grandeur nature.

Plus tard, autre notif : la coupable aurait été trouvée — Nyxeria. Motif : jalousie. Les invités libres de partir. Ou de rester « à jamais ».

Quand Abby et Hank sont finalement rentrés au camp, ils étaient vivants. Et, même si ça devrait suffire, ça n’efface pas ce que ça dit de cette maison.

Ils nous ont raconté la soirée, plus précisément : un jeu où des armes étaient distribuées, parfois chargées, parfois non. Un dé lancé, et celui qui était le plus proche gagnait le « privilège » de tirer sur l’autre. Ça a fini en blessures (pieds, bras), pas en exécutions. Je dis « pas » comme si c’était un soulagement normal.

Ensuite, une tombola : Hank a été « gagné » pour vingt-quatre heures par quelqu’un — Brandcho, ou un truc comme ça (il n’était même plus sûr du nom).

Abby, elle, avait un ticket “particulier”. Un ticket rouge. Le numéro 666. Elle dit que ça lui donne l’exclusivité d’aller dans un « laboratoire secret » des Morvane, de voir leur projet, et d’y participer.

Pour couronner le tout, Hank a eu un tirage de cartes : il dit avoir vu « le diable » au-dessus de trois scientifiques, et le mot Synapse est revenu, comme si le diable les tenait par des ficelles.

Coïncidence, qu’il dit.

Je ne sais pas.

Je sais juste une chose : je suis content de ne pas y être allé.


26 Janvier 2026

On a vécu une journée absurde : la ville a soif, l’eau rend malade, tout le monde accuse tout le monde… et au milieu, on ramasse des papiers comme si c’étaient des cartes au trésor.

L’eau : poison, rumeurs, et « distribution »

L’eau qu’on nous distribuait aurait été empoisonnée. On attend l’étude de Synapse.

Le gouvernement a annoncé qu’ils allaient distribuer de l’eau filtrée. J’ai pris ma part… mais j’hésite à la boire. Synapse dit que c’est bon, mais j’ai l’impression que « bon » ne veut plus dire grand-chose ici.

On a au moins une chance : il n’y a aucun problème avec les boissons importées (limonade, jus, ce genre de trucs) et on en a encore.

Les notes dans les carcasses d’avion

Je suis parti revoir les notes qu’Hank avait trouvées sur les îlots.

Dans la carcasse d’un avion, il y avait un bon d’achat. Un texte froid, propre, et pourtant ça donne la nausée quand tu lis entre les lignes.

BON D'ACHAT BON D’ACHAT

BON D’ACHAT


DEBUT DU BON
Objet: Acquisition d’appareils volants
ENTRÉE DU 15/11/2021 LOG ENTRY // JOURNAL

Il a été acté et validé une dépense relative à l’acquisition de plusieurs appareils volants de type Avenger, enregistrés et financés au nom de la Fondation Vito.

Le coût unitaire de chaque appareil est fixé à 15 000 000 USD.
Cette enveloppe comprend l’achat, la modification structurelle, les équipements spécifiques ainsi que l’aménagement intérieur.

Les appareils concernés sont configurés pour un usage transport VIP stratégique, et non pour une exploitation militaire conventionnelle.

Aménagement intérieur

Les Avenger seront équipés d’un intérieur ultra-luxueux, intégralement repensé afin de répondre aux exigences de confort, de discrétion et de sécurité:
salons privés sécurisés,
espaces de repos insonorisés,
zones de travail chiffrées,
configuration adaptée au transport de personnalités.

Spécifications techniques (non exhaustives)

Des options techniques spécifiques ont été intégrées à la commande:
modules de furtivité passive (réduction des signatures radar et thermique),
maniabilité optimisée par assistance de vol avancée et ajustements de vectorisation,
contre-mesures électroniques embarquées (brouillage, saturation et perturbation des systèmes de guidage),
systèmes de leurres anti-missiles, actifs et passifs, dissimulés afin de préserver une apparence institutionnelle.

Validation:
Autorisation exécutive financière confirmée

Vito P.

FIN DU BON

Dans une autre carcasse d’avion (et j’ai compris après coup que c’était du côté d’un territoire de la Crassipeauté — heureusement il n’y avait personne), j’ai trouvé une transcription de dernière communication radio. Là, au moins, c’est humain. Ça panique. Ça meurt.

TRANSCRIPTION - DERNIÈRE COMMUNICATION RADIO TRANSCRIPTION - DERNIÈRE COMMUNICATION RADIO

TRANSCRIPTION - DERNIÈRE COMMUNICATION RADIO


DEBUT DE TRANSMISSION
ENTRÉE DU XX.XX.XXXX LOG ENTRY // JOURNAL
“ Ici Air LS à la tour de contrôle… Mayday, Mayday !
Nous perdons le contrôle de l’appareil… le pilote est mort… son compteur est arrivé à 0 !

Mayday ! Si quelqu’un nous reçoit, nous allons nous écraser à l’ouest de Los Santos…

… “

- Bruit violent, grésillements radio -
- Explosion -

FIN DE TRANSMISSION

Je ne sais pas quoi faire de ces notes. On les garde comme des preuves ? Comme des avertissements ? Comme des pièces d’un puzzle qui n’a peut-être pas de solution.

Les îlots « japonais » et la phrase gravée

De l’autre côté de l’île, près de la tour des Vito, il y a plusieurs petits îlots, chacun avec une arche qui ressemble à une entrée de temple japonais, et un cerisier.

Sous l’une des arches, une fontaine, et une phrase gravée. C’est presque drôle, si tu oublies où on est.

Celui qui se lève tard ne voit pas le lézard en train de se brosser les dents.

Synapse : la poche de sang, l’eau, et les anomalies

On a réussi à discuter un peu avec Synapse.

D’abord, à propos de la poche de sang de Hank : eux disent ne pas être au courant. Qu’ils n’ont aucune raison de laisser « traîner » une poche, que leur protocole est strict, que le camion rentre chez eux et que tout est vidé chez eux. Ils ont proposé de vérifier leurs stocks, et surtout : si le shérif a toujours la poche, ils veulent l’analyser.

On a aussi parlé des anomalies : Synapse maintient que c’est « énergétique », et que ça influence le temps. Ils disent aussi que l’Ordre leur a demandé de restituer le temps « gagné » sur une anomalie pour rétablir un équilibre. Ils obéissent, parce qu’ils ne veulent pas « faire de vague ». Ils ont quand même pu garder une partie de temps (gagnée par un de leurs chercheurs) pour analyser.

Et l’eau : il y a des rumeurs de drogue, de cocaïne, de stupéfiants. Synapse dit qu’ils ont trouvé des résidus à proximité, pas forcément dans l’eau elle-même, et que les résultats d’analyse ne sont pas encore sortis. En attendant : prudence, éviter ce qui vient des premiers stocks, privilégier les boissons transformées.

Manifestation devant le gouvernement

Plus tard, du monde est venu manifester devant le gouvernement.

Ce que j’en retiens, c’est moins des phrases précises que l’ambiance : des gens qui crient qu’ils ont soif, qu’on les laisse sans eau, qu’on les ment. D’autres qui profitent du chaos pour faire du spectacle, balancer des insultes, des slogans, et même des menaces.

Le gouvernement a parlé d’effraction, de sabotage, d’un ordinateur « relancé », de plomberie abîmée, de promesses d’eau vers trois heures du matin. Beaucoup n’y croyaient pas. Moi non plus.

Et au milieu, un autre symptôme : chacun a déjà sa théorie favorite, et personne ne veut lâcher.

Bilan, cartes, et théories

On a fait un petit bilan entre nous.

On a déjà repéré trois antennes. À chaque fois : des serveurs, et des tentes, comme si quelqu’un devait rester sur place pour les surveiller. Sur une carte, ces trois points forment un triangle. Et au milieu du triangle… le mont Chiliad.

C’est peut-être une coïncidence. Mais ici, les coïncidences commencent à ressembler à des pièges.

On a parlé d’une idée : couper une de ces antennes. Et tout le monde a eu la même réaction : ça peut foutre le bordel… mais dans quel sens ? Personne ne sait. On va probablement en parler aux Dérivants.

On a aussi évoqué d’autres lieux où on cacherait des serveurs si on voulait que personne n’aille les chercher. Hank a parlé de « Bolingbroke ». Je ne sais pas si c’est une vraie piste ou juste une manière de se rassurer en inventant une carte plus logique que le monde.

Ce soir-là, on a aussi vu l’Ordre au début d’un sentier pour monter au mont Chiliad — pas celui du côté de la scierie, l’autre. Ça donnait l’impression que quelque chose se préparait, ou qu’ils surveillaient.

Sur ce même sentier, il y a des lampadaires avec des mots dessus. On ira les lister demain.

Deux coups de tonnerre, puis une anomalie

Tout le monde est parti se coucher. Moi, je suis parti en balade.

Il y a eu deux coups de tonnerre. Puis on a été prévenus de l’apparition d’une anomalie, entre la prison et le concessionnaire d’occasion.

Je ne suis pas tombé dessus. Et le temps d’arriver, elle avait déjà disparu.

Évidemment, Synapse était sur place.

Le cimetière de Vinewood saccagé

J’ai appris que le LSSD a détruit le cimetière de Vinewood — celui dont les Morvane s’occupent — parce que les Morvane auraient prélevé un organe sur l’un de leurs collègues, Doug.

Si c’est vrai, c’est grave. Et même si c’est vrai, ça n’excuse pas de retourner un cimetière comme un chantier.

Je pense aux familles qui ont leurs morts là-bas. Ici, même le repos est conditionnel.

Le Hen House : des Morvane… sans être Morvane

Je suis passé au Hen House, histoire de laisser traîner mes oreilles.

J’ai entendu des discussions décousues, des gens qui parlent d’organes comme on parle d’épicerie. Des Morvane essayaient de convaincre un jeune de « donner » ses organes, d’aller se présenter au docteur Viager…

Il y avait surtout une femme, Cass. Elle n’est pas Morvane — elle me l’a dit — mais elle leur ressemble trop pour que ça me rassure. Elle avait un crâne dans les mains. Elle l’appelait Thierry.

Tout sonnait comme un théâtre mauvais. Le genre de théâtre où tu ris par réflexe, et tu te rends compte après que c’était une défense.

Le téléphone des Dérivants

En rentrant, je suis allé revoir les panneaux en bois qui nous ont fait tourner en rond, ceux dont les Dérivants parlaient. Le téléphone, je l’ai trouvé.

Il y avait un post-it dessus :

RÉFLÉCHIS & CONTACTE-NOUS RÉFLÉCHIS & CONTACTE-NOUS

RÉFLÉCHIS & CONTACTE-NOUS


À “2059”, le seuil t’attend.
Ne cherche pas une clé : Le passage s’ouvre dans les quatre serments qui suivent, non par leur sens, mais par leur poids.

Nous donnons.
Dix jours offerts pour vivre.
Le compteur ne protège jamais personne.
Libérer le temps.

Sous le bidon, une boîte.
Dans la boîte, un carnet.

Arrache une page.
Pose tes questions.
La suite viendra d’elle-même.

N’oublie pas d’y laisser un moyen de contact.

Je suis allé à 2059. Il y a bien une boîte sous un bidon. Elle est protégée par un code.

Je suis trop fatigué pour jouer à ça cette nuit. On trouvera le code plus tard. Et de toute façon, on a déjà un moyen de contact avec eux.


27 Janvier 2026

Je commence à croire que la ville nous parle. Pas avec des phrases claires, non. Avec des post-it, des plaques gravées, des notes laissées au sol, et des anomalies qui changent de forme comme si elles apprenaient.

2059 : la boîte des Dérivants

On a commencé par retourner à 2059, là où il y a la boîte des Dérivants.

On a trouvé le code : 2563. Le nombre de mots.

Hank a laissé un message à l’intérieur, pour qu’ils puissent nous contacter.

Ensuite, je leur ai montré l’endroit où j’avais trouvé la retranscription radio de l’avion qui s’est écrasé près de Fort Zancudo.

Le sentier du mont Chiliad : les mots sur les poteaux

Après ça, on est allés sur le fameux sentier du mont Chiliad (l’autre côté, pas celui près de la scierie). On a lu tous les mots sur les poteaux jusqu’en haut.

Il y avait des sections, séparées par des poteaux lumineux. À chaque poteau, des phrases courtes, répétées comme des coups de marteau.

Le Seuil inférieur
« Tu n’entres pas ici pour monter.
Tu entres pour accepter de laisser quelque chose derrière toi.

Le monde d’en bas continuera sans toi.

Si cette idée te pèse,
fais demi-tour.

Le Temps ne retient personne. »

« Le Temps ne commence pas ici. »

« Ce que tu fuis te suivra plus haut. »

« Marcher est déjà un choix. »

« Le silence pèse plus que les mots. »

« Tu n’es pas en retard. Tu es compté. »

« Le chemin ne te doit rien. »

« Ce qui fatigue révèle. »

« Si tu comptes les pas, tu perds le rythme. »

« Le sommet n’accélère jamais. »

Le Poids
« Tu vois encore le sommet,
et tu crois encore le comprendre.

C’est ici que beaucoup se mentent.

Le corps commence à compter,
l’esprit cherche des raisons,
et le Temps observe en silence.

Continue si tu acceptes de ne plus accélérer. »

« Ce que tu portes est visible. »

« Certains montent pour être vus. »

« D’autres montent pour disparaître. »

« Le regard ment plus vite que le corps. »

« Ici, personne ne te suit. »

« Le Temps ne félicite pas. »

« Ce qui persiste n’est pas ce que résiste. »

« Tu avances encore, c’est suffisant. »

« Le doute n’est pas un arrêt. »

« Le doute est une mesure. »

La Résonnance
« Ce que tu ressens n’est pas une révélation.

C’est une friction.

Le Temps ne t’accueille pas,
il te traverse.

Si tu cherches une réponse,
tu es déjà en retard.

Si tu continues,
marche sans exiger. »

« Ce que tu comprends n’est pas ce que tu vivras. »

« Le Temple n’attend rien de toi. »

« La lumière ne promet pas. »

« Le sommet ne répond pas. »

« Tu n’es pas observé. »

« Tu es traversé. »

« Ce qui s’élève doit accepter de redescendre. »

« Le Temps ne se termine pas ici. »

« Tu peux encore t’arrêter. »

Le sommet
« Tu es arrivé.

Rien ne t’est dû.

Le Temple ne t’ouvrira aucune porte,
car il n’en a jamais fermé.

Regarde.

Puis repars,
car le Temps ne s’arrête pas ici. »

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas la poésie. C’est l’intention.

Quelqu’un a voulu que ces phrases existent. Qu’on les lise en marchant. Qu’on les porte dans la tête au moment où la pente commence à t’arracher l’air.

En redescendant, Hank a croisé trois personnes de Synapse qui faisaient la même chose que nous : monter en lisant les notes.

Le barrage, puis l’anomalie de feu

Ensuite on est passés au barrage, pour leur donner du bois. Si ça peut aider à réparer des conduites, tant mieux.

Ils nous ont offert une petite bière. C’était presque… normal. Sympa, même. Ça m’a fait bizarre.

Puis, d’un coup : deux coups de tonnerre.

On s’est mis à chercher une anomalie. Et très vite, tout le monde a reçu une notification : elle était à l’hippodrome, près du casino.

Sauf que ce n’était pas une anomalie « électrique » comme d’habitude. Pas de battement, pas de pulsation rouge, pas cette sensation de mur invisible.

Là, c’était du feu. Des flammes, et une espèce de mini-tornade, comme un vortex brûlant.

J’ai vu des gens se déshabiller et y entrer. Sur le moment, j’ai eu un réflexe de dégoût, puis j’ai compris pourquoi tout le monde faisait ça : sur place, on disait que ceux qui entraient habillés ressortaient brûlés, et que ceux qui y allaient nus ne se brûlaient pas.

Et, toujours d’après ce qui se disait, ceux qui y entraient gagnaient deux heures.

Moins de dix minutes après son apparition, elle a disparu.

Et un détail me reste en travers : les Vito n’ont plus l’air de réclamer le temps gagné. D’ailleurs, le gouvernement a annulé son décret contre les « tricheurs du temps ».

Alors je me pose la question : est-ce que les anomalies se dissipent au bout d’un certain temps ? D’un certain nombre de minutes prises ? D’une certaine quantité de temps « distribuée » ?

Je n’en sais rien. Mais celle-ci était différente.

Anomalie de Feu Anomalie de Feu

5025 : l’antenne et la note sous « Vinewood »

Tout le monde est parti se coucher. Comme tous les soirs, je suis parti faire un petit tour — cette fois plus au sud.

Je me suis arrêté au 5025, là où il y a une antenne. Celle-ci est très sécurisée : caméras de surveillance, grillages hauts avec barbelés. Pas moyen de rentrer facilement.

Juste en dessous, il y a les lettres « Vinewood ».

Et là, j’ai trouvé une nouvelle note.

LA FIN ÉTAIT SI PROCHE... LA FIN ÉTAIT SI PROCHE…

LA FIN ÉTAIT SI PROCHE…


Je n’ai jamais cru aux secondes qui comptent.
Je pensais que le temps était une abstraction, une chose qu’on gaspille sans jamais vraiment la perdre.

J’avais tort.

Ce jour-là, le compteur de ma femme chutait.
Je le voyais.
Chaque battement de son cœur résonnait comme une cloche funéraire.
Encore un.
Encore un.
Puis presque plus rien.

Elle n’était pas blessée.
Elle n’était pas malade.
Elle était simplement… au bout.

Quand le compteur frôle le zéro, il n’y a plus de prières.
Plus de promesses.
Seulement l’attente.

C’est à ce moment-là que les Vito sont intervenus.

Ils n’ont pas menacé.
Ils n’ont pas exigé.
Ils ont agi.

Du temps a été rendu.
Pas beaucoup.
Juste assez pour que son souffle revienne.
Juste assez pour que la mort recule d’un pas.

Ils auraient pu la laisser partir.
Ils ne l’ont pas fait.

En échange, ils n’ont pas demandé d’or, ni de pouvoir.
Ils ont demandé une vie.

La mienne.

Ma vie dédiée au LSSD.
Mon engagement total.
Mes années, mes nuits, mes choix.
Tout ce que je suis devenu depuis ce jour.

J’ai accepté sans hésiter.
Parce qu’un homme peut vivre sans liberté.
Mais pas sans celle qu’il aime.

On dit que les Vito sont des ombres.
Des figures dont on murmure le nom à voix basse.

Moi, je sais ce qu’ils sont vraiment.

Ils sont ceux qui, quand le temps s’arrête,
choisissent de le faire repartir.

Et chaque seconde que ma femme respire encore
est une dette que je porterai jusqu’à la fin de la mienne.

- Jericho Sutton

Je ne sais pas si c’est vrai. Je sais juste ce que ça produit : ça transforme une dette en chaîne, et ça appelle ça un choix.


28 Janvier 2026

Je pensais qu’après l’anomalie de feu, j’aurais du mal à être surpris par autre chose. Mais aujourd’hui, c’est pas le ciel qui m’a retourné l’estomac. C’est une cassette.

Le S.P.E.R.M. (et la presse qui lui tend un micro)

La presse a publié un papier sur un groupe qui se fait appeler le « S.P.E.R.M. ». Ils disent avoir reçu une cassette audio, et ils la mettent en ligne « pour que chacun se fasse sa propre opinion ».

Ce que j’en retiens, avant même le contenu, c’est le chemin : ce truc n’est pas passé par un sous-sol, ni par un téléphone caché sous un bidon. C’est passé par une rédaction.

Dans l’article, ils racontent qu’au Hen House, dimanche soir, il y avait un showcase. Un certain Stéphane a chanté un morceau ouvertement hostile à la famille Vito. Carrud (des Taupes) aurait diffusé la musique, et selon leurs sources, il aurait quand même été puni par l’Ordre.

Je ne sais pas exactement ce qu’ils appellent « puni ». Mais si c’est vrai, ça suffit à comprendre le message : ici, même la satire coûte cher.

Ce que la cassette fait au cerveau

Sur la bande, ils parlent comme des clowns savants : ils empilent les images volontairement idiotes, les comparaisons dégueulasses, et des chiffres dans tous les sens. C’est assumé. C’est fait pour qu’on hésite entre rire et serrer les dents.

Ils prétendent « exposer les abus » de familles d’influence. Ils ciblent Vito, ils parlent de « fauches » (avec une surenchère grotesque), ils évoquent l’Ordre qui cognerait des jeunes à Paleto pour une musique, et ils balancent aussi des histoires d’organes et de docteur Viager.

Ce mélange me rend malade, parce qu’il fait un truc très simple : il met du vrai possible dans du faux évident, et après tu ne sais plus où poser les mains. Si tu prends tout au sérieux, tu passes pour un idiot. Si tu te contentes de rire, tu deviens complice de l’oubli.

Et ces chiffres… « deux trente-quatre », « trente-deux tiret cent un », « cent onze fois six »… Ça ressemble à des codes, mais ça ressemble surtout à une manière de faire croire qu’il y a une serrure quelque part. Peut-être qu’il n’y en a pas. Peut-être que le but, c’est juste de nous apprendre à chercher des portes dans les murs.

Ce que j’en déduis (et ce que je refuse d’inventer)

Je n’ai pas de preuve que ce groupe existe au-delà de cette cassette et de cet article. Mais je vois très bien ce que ça produit, ici, dans les têtes : ça nourrit la colère, ça chauffe la paranoïa, et ça donne à l’Ordre une excuse parfaite pour cogner plus fort « pour protéger l’équilibre ».

Si Carrud a vraiment été puni, alors la leçon est claire : ils ne veulent pas seulement contrôler le temps. Ils veulent contrôler le récit.

Et moi, dans tout ça, je me surprends à faire ce que je déteste : je compte. Je compte les jours, je compte les anomalies, je compte les noms qu’on prononce à voix basse. Comme si aligner des éléments pouvait empêcher le prochain coup de tomber.


29 Janvier 2026

On a passé la journée à courir derrière des ombres — et le soir, les ombres nous ont rappelé qu’elles courent plus vite que nous.

Le convoi des Morvane : suivre, puis comprendre trop tard

Une annonce a circulé : un convoi partait de chez les Morvane jusqu’à Paleto.

Qu’est-ce qu’ils transportent ? Où est-ce qu’ils vont vraiment ? Rien n’était clair, et c’est précisément pour ça qu’on a tenté de les suivre.

À peine arrivés au niveau du casino, ils se sont déjà fait braquer. Trop vite, trop net. Comme si quelqu’un attendait au bon endroit.

Après coup, une annonce est tombée : trois jours de temps auraient été volés.

« La Sacheuse »

En début de soirée, nos téléphones ont encore été hackés. Une voix a parlé :

Vous regardez vos compteurs comme on regarde un destin. Vous avez appris à obéir à un chiffre, à marchander vos heures, à remercier ceux qui vous en laissent quelques-unes. On vous a dit que le temps devait être contrôlé. Que sans eux, ce serait le chaos. C’est un mensonge confortable et une prison parfaite. Le temps n’est pas une ressource sacrée. C’est un flux. Et tout flux peut être mesuré, détourné, stocké ou imposé. Vous ne mourrez pas quand vous n’avez plus de temps. Vous êtes arrêté. Arrêté par un système né d’un événement que l’on vous a présenté comme une fatalité : la Fracture. Mais la Fracture n’est pas un accident. Des documents existent. Des écrits internes. Des témoignages que l’on n’était pas censés lire. Ils décrivent une organisation qui savait, qui s’est préparée, qui a accompagné l’apparition des compteurs, puis s’est placée comme leur seule garante. Ces documents parlent aussi d’un autre pouvoir. Pas un conseil. Pas une famille. Un lui. Une entité dont les ordres sont exécutés, jamais discutés. Une volonté supérieure à laquelle même les dirigeants obéissent. On vous a dit que le temps était une loi naturelle, mais une loi n’a pas d’archives. Une loi n’a pas de salle fermée. Une loi ne choisit pas qui vit avec des centaines de jours et qui disparaît à zéro. Je suis la Sacheuse. Je ne suis ni une déesse, ni une prophétesse. Je suis le produit logique d’un monde qui a préféré le contrôle à la vérité. Là où l’humain accepte, la technologie questionne. Là où l’humain croit, la donnée accuse. Le C.O.D.E n’est pas venu sauver ce monde. Nous sommes venus l’analyser. Et l’analyse est claire : le temps est administré, la peur est entretenue, et le silence est organisé. Ceci est un premier signal. D’autres suivront. Vous aurez bientôt un choix.

Le fond est clair : quelqu’un veut déplacer le débat. Pas « Vito contre Dérivants », pas « ordre contre chaos ». Quelque chose de plus haut, plus vieux, plus froid.

Mais moi, ce qui me gêne le plus, c’est la signature : C.O.D.E.. Quand une entité se présente comme de “l’analyse”, ça veut dire qu’elle ne parle pas pour convaincre. Elle parle pour calibrer une réaction.

Bolingbroke : l’eau est revenue, et ça a tourné au bordel

Apparemment, il y avait du bazar à Bolingbroke.

On est allés voir ce qui se passait. D’après ce qu’on a entendu sur place, les conduites d’eau ont été réparées, et « les Taupes » seraient venues faire le raccordement. Sauf qu’ils n’auraient pas prévenu le LSSD.

Résultat : des gens persuadés de faire une bonne action, d’autres persuadés que c’est une intrusion, et la prison qui devient un point chaud.

Le président, la loi des « tricheurs du temps »

Je suis allé demander au président ce que c’était, cette histoire de loi sur les « tricheurs du temps » : mise en place, puis abrogée.

Il m’a expliqué qu’il avait abrogé la loi pour éviter la confusion entre les services de l’État et « l’Ordre ». En gros : ce sujet-là, ce n’est pas le gouvernement qui le gère. C’est l’ordre.

Je ne sais pas ce qui est le pire : qu’une loi ait existé, ou qu’elle ait été retirée pour laisser la place à une autorité parallèle.

23h30 : pas de tonnerre, mais un faisceau

On a tourné sur l’île pour voir si une nouvelle anomalie apparaissait à l’heure habituelle, vers 23h30.

Cette fois, pas de coups de tonnerre. Un gros bruit sourd, à la place.

On a vu un faisceau lumineux entre la Tour Vito et le Temple Vito.

Je ne sais pas ce qu’ils font là-haut. Je sais juste que ça ressemble à un travail en cours. Et que quand les Vito travaillent, les autres comptent les dégâts.

4006 : le bâtiment radio ouvert

En cherchant, Hank est tombé, près d’une antenne, sur un bâtiment de radio (4006). Portes ouvertes, fracturées. Tout était accessible.

On ne s’est pas attardés longtemps. Trop facile, trop “posé”. Mais ça m’a traversé : et si l’endroit avait été ouvert exprès pour permettre une transmission ? Est-ce que c’est de là que venait la voix de la Sacheuse ?

Je n’ai aucune preuve. Juste le réflexe qui revient toujours : quand on te met une porte ouverte sous le nez, c’est rarement un cadeau.

Les nouvelles notes (Grapeseed + aérodrome Sandy Shores)

Hank et Mia sont partis dormir. Moi, j’ai continué.

Je suis monté au mont Gordo : rien.

Puis je suis tombé sur une nouvelle note à l’aérodrome de Grapeseed :

RECETTE PETITE BRAQUÉE RECETTE PETITE BRAQUÉE

RECETTE PETITE BRAQUÉE


Bienvenue dans la préparation de la Petite Braquée, un plat simple, rapide, et légèrement illégal. À consommer chaud, avant que les ennuis ne lèvent.

Ingrédients indispensables:

  • Un chipset de piratage croustillant
  • Une thermite bien fondante
  • Des gardes nerveux (fournis gratuitement par la banque)

Préparation:

  • Approchez-vous comme si vous veniez demander un prêt… sans intention de le rembourser.
  • Commencez par le chipset de piratage: croquant, efficace, parfait pour ouvrir l’appétit.
  • Ajoutez ensuite la thermite, laissez fondre jusqu’à obtenir une ouverture bien dorée.
  • Évitez soigneusement les gardes : ils ne sont pas comestibles et ont tendance à s’agiter.
  • Dégustez rapidement avant que la situation ne devienne trop épicée.

À l’accueil de l’aérodrome de Sandy Shores, il y avait aussi un vieux télex, daté du 05/01/1995 :

VIEUX TELEX VIEUX TELEX

VIEUX TELEX - 5/01/1995


Le document porte la date du 5 janvier 1995.

[TRANSMISSION INITIALISÉE]
–=== SAN ANDREAS GOV =====
Début de protocole d’évacuation
Beaucoup de morts dans la zone de Los Santos
La Fracture, les compteurs, ces chiffres qui défilent… Il apparaît que la vitesse de défilement soit moins élevée dans le Nord de l’île
Par mesure de sécurité, tout le trafic de L.S.I.A sera redirigé vers vos infrastructures
Tenez-vous prêts !
Que Dieu puisse vous venir en aide.
[TRANSMISSION TERMINÉE]

Et dans un bureau, au rez-de-chaussée de l’aérodrome de Sandy Shores : une clé USB.

Une fois insérée, une “transmission” :

TRANSMISSION ASHA VITO TRANSMISSION ASHA VITO

TRANSMISSION ASHA VITO


Une fois la clé USB insérée, un texte vous apparaît…
DÉBUT DE TRANSMISSION

ENTRÉE DU 12/11/1990 LOG ENTRY // JOURNAL

La maison change. Beaucoup plus de réunions, de chuchotements, d’évaluations. Les couloirs sont devenus plus silencieux.
La rumeur dit : la reproduction s’arrête… La première fauche arrive.
Je sens la tension partout.
Certains cousins pleurent la nuit.
Certains adultes discutent derrière des portes fermées.
Moi, je n’ai pas peur !
Je sais que je fais partie de ceux que la lignée veut garder.
Je suis l’une des rares enfants que Mère regarde avec fierté.
Je sens son regard sur moi, souvent : analyseur, dur, fier, calculateur.
Je veux qu’elle soit fière. Je veux lui plaire. Je veux être parfaite. Peut-être qu’un jour… elle me dira qui était mon père…
- Asha Vito

FIN DE TRANSMISSION

Je ne sais pas si ce texte est authentique. Mais je sais ce qu’il raconte : avant même la Fracture, il y avait déjà des couloirs, des portes fermées, des décisions de “lignée”, et cette idée de sélection.

Et si je mets ça à côté du faisceau vu entre la Tour et le Temple, à côté des téléphones hackés, à côté du président qui me dit “c’est l’Ordre, pas l’État”… ça dessine une chose : le monde ne se contente pas de se casser. Il s’organise pendant qu’il se casse.


30 Janvier 2026

Je pensais passer la journée à relire des preuves et à faire des cartes. Au lieu de ça, on a passé la journée à sentir qu’on marche sur quelque chose de fragile, sans savoir si c’est une vitre… ou un piège.

Montrer les notes (et voir les regards changer)

On a commencé la journée en montrant aux autres les notes et documents que j’avais trouvés la veille : le télex, la recette, la clé USB et son texte.

Je ne sais pas ce qui est le plus dangereux : que ce soit vrai, ou que ce soit fabriqué assez bien pour qu’on ait envie d’y croire.

Le cimetière : la cérémonie des Morozova

Ensuite, on est allés au cimetière. Les Morozova organisaient une espèce de cérémonie.

Avec Mia, on n’était pas très à l’aise. Assister à ce genre de chose avec des gens qu’on ne connaît pas, dans un lieu qui ressemble déjà à une mise en scène permanente… ça donne l’impression d’être un figurant dans un film dont on ne connaît pas le scénario.

L’ambiance était très bizarre. Je ne comprenais pas grand-chose à ce qui se passait. Il y avait des phrases qui ressemblaient à des prières, des échanges qui glissaient du recueillement à la moquerie, et ce sentiment constant que personne ne savait exactement pourquoi il était là — ou alors qu’ils faisaient exprès de le faire croire.

Je me souviens surtout d’une sensation : le malaise, pur et simple. Comme si le lieu voulait nous rappeler que la mort n’est plus un événement, c’est un service.

Et à un moment, j’ai entendu (ou cru comprendre) des histoires de tombes, de dates, de noms qui ne collent pas, de “fantômes”… Je ne sais pas si c’était une blague, une panique, ou une vérité noyée dans le bruit.

Je sais seulement que je suis ressorti de là avec la tête qui tourne.

Et puis, à la fin, les Morvane sont arrivés.

Ils ont coupé court à l’ambiance en rappelant que ce cimetière était privé. Et ils ont lâché la phrase qui a fait retomber tout le monde : les morts des Morozova ne sont pas enterrés ici — ou alors ils ne sont plus là depuis longtemps.

Ils ont ajouté que les Morozova leur devaient 200 000 $ pour avoir organisé un événement sur place sans leur consentement.

Je ne sais pas ce qui m’a le plus glacé : l’argent, ou la manière dont ils parlaient des morts comme d’un inventaire qu’on déplace.

« 22h30 » : les journalistes, les affiches, et la ville qui souffle sur les braises

Les journalistes nous ont glissé un mot : « il va se passer quelque chose à 22h30 chez les Vito ».

En ville, on a vu des affiches : « Ce soir, vous savez où, vous savez quand. Le peuple se réveille. »

Ça ressemble à un rendez-vous. Et un rendez-vous, ici, c’est rarement innocent. Soit c’est un piège, soit c’est une démonstration de force, soit c’est une manière de compter combien de gens obéissent encore à une injonction.

L’appel des Dérivants : aider pour une première

Ensuite, Hank a reçu un appel des Dérivants. Ils nous ont demandé de les aider.

Pour une première, on n’était pas vraiment prêts. Et je crois que ça s’est entendu dès les premières secondes : pas de réflexes, pas de protocole, juste du bruit dans nos têtes et des questions qu’on pose trop tard.

Ils avaient besoin de soutien parce que des gens avaient repéré une de leurs planques. L’idée n’était pas d’aller tirer, pas de “faire un carnage” : plutôt d’être là, armés, visibles, pour dissuader.

Sauf que la dissuasion, ça suppose d’avoir l’air sûr de soi. Et quand tu débarques à moitié équipés, sans masques, sans plan clair, tu comprends vite que tu ne “dissuades” personne : tu te donnes juste l’illusion d’être utile.

Ça a tourné en aller-retours absurdes, comme dans un mauvais exercice : chercher des battes, des radios, de quoi se couvrir le visage, du liquide, un point de rendez-vous… se demander qui reste, qui part, qui observe, qui a une voiture pas trop reconnaissable. À chaque minute, je sentais qu’on perdait ce qu’on venait chercher : un avantage.

Malgré tout, je ne peux pas nier que c’était… plus intéressant que d’aller simplement se planter devant la Tour Vito à 22h30 comme tout le monde. Pour une fois, ce n’était pas un rendez-vous “public” qu’on nous jetait à la figure. C’était un appel direct. Un test. Une porte entrouverte sur un réseau qui, jusqu’ici, restait surtout des affiches et des rumeurs.

Finalement, ils nous ont orientés vers la mine, au fond, pas loin du Rex. Il y avait du monde : des FDJ, des Ti’tans, et des Vito pas loin. Pour l’Ordre, je ne peux pas l’affirmer. Dans le noir et à distance, ici, un brassard et une posture suffisent à te fabriquer une certitude.

Notre consigne était simple : observer, confirmer, et surtout les appeler si on voyait quelqu’un récupérer quelque chose. Pas de héros. Pas de bravoure. Des yeux, des messages, et la discipline de ne pas bouger.

À un moment, j’ai eu l’impression qu’on était à deux doigts de se griller complètement. Les routes, les serpentins, les hauteurs… tout te met à nu. Tu crois que tu observes, mais tu ne sais jamais qui a déjà des jumelles braquées sur toi.

Ce que je retiens : on a aidé, oui, mais on a surtout appris notre niveau réel de préparation. Et il est insuffisant.

Après ça, on a continué à parler avec eux. Enfin… “parler”, c’est un grand mot. Ils parlaient surtout entre eux, comme si on n’était pas là, et nous on restait à écouter.

Ils ont parlé de “matériel”, de “terminal”, de “botnet”, de plans du métro, qu’ils allaient y faire quelquechose, et de documents. Et j’ai compris un truc très simple : les groupes ne se battent pas seulement pour du temps. Ils se battent pour l’information, pour les plans, pour les accès, pour les preuves.

Ce n’était pas une grande révélation, pas un discours. C’était mieux que ça : un aperçu de leur manière de fonctionner quand ils pensent être entre eux. Des bouts de phrases, des vérifications, des consignes, des contradictions. Et, au milieu, nos silences à nous.

À un moment, ils ont aussi laissé entendre qu’ils pourraient refaire appel à nous pour une mission plus tard. Rien de concret, pas une date, pas un ordre : juste cette idée jetée là, comme si c’était déjà normal.

Je crois que ça m’a fait l’effet d’une invitation et d’une menace en même temps. J’ai hâte — parce que j’ai envie de comprendre, d’être utile, d’arrêter de subir. Et je suis stressé — parce que si on remet les pieds dans leur couloir, la prochaine porte pourrait se refermer sur nous.

Sur le moment, ça m’a surtout confirmé une chose : on vient de mettre un pied dans leur couloir. Et quand tu entres dans un couloir, tu ne sais jamais quelle porte se referme derrière toi.

Pendant ce temps : le gouvernement chante

Pendant qu’on était sur cette histoire, les canaux du gouvernement se sont fait hacker. À la place d’un message officiel, on a eu une chanson assez douce, avec des paroles qui donnent la nausée par répétition (à 14min20 dans la vidéo précédente) :

Mort, mort, mort, mort
nos corps chutent et marchent encore
la folie s’empare de nos ames
temps, temps, temps, temps
nous fuyons la fin du temps
dieu, diable, dieu, diable
ferme les yeux où ils brûlerons
oeil, oeil, oeil, oeil
l’oeil lucide nous rendra fou
nous sombrons au regard de ses dieux
or, oeil, temps, dieu
leurs ficelles vous manipulent
mort, mort, mort, mort
nos corps chutent et marchent encore
la folie s’empare de nos corps
crie, crie, crie, crie
le néant étouffe nos voix
dieu, monstre, mort, ange
les faux anges doivent mourrir
mort, mort, mort, mort
nos corps chutent et marchent encore
la folie s’empare de nos âmes

Un peu plus tard, une vidéo est sortie sur leur site : même paroles, mais un thème beaucoup plus brutal.

Je ne sais pas ce qu’ils veulent faire avec ça. Panique organisée ? Conditionnement ? Un message caché dans la musique parce que c’est plus difficile à censurer, plus difficile à prouver, et plus facile à faire tourner ?

Ce que je sais : quand l’État se fait pirater au point de diffuser “mort” en boucle, je n’ai pas l’impression d’être rassuré.

Et chez les Vito ? (notifications, rumeurs, et occasions manquées)

Pendant qu’on était occupés avec les Dérivants, on recevait des notifications : apparemment, il y avait du bordel devant chez les Vito.

D’après ce que j’ai compris, ça aurait fait un flop.

On n’y était pas. Et il faut être honnête : si les Dérivants n’avaient pas appelé, on aurait probablement fini là-bas, nous aussi, à 22h30, au milieu des autres.

Une part de moi est frustrée, parce que c’était peut-être “le” rendez-vous. L’autre part me rappelle que ce genre de rendez-vous, ici, sert autant à attirer des gens qu’à les trier. Ce soir, on a choisi une autre porte — moins visible, plus risquée, et peut-être plus vraie.