Carnet II – Février 2026

1er Février 2026

Annonce de la Matriarche : rumeurs et préparatifs

Le mois commence fort. Ce matin, une annonce a circulé : la Matriarche allait s’exprimer devant le gouvernement. On a décidé d’y aller, histoire de voir si, cette fois, on aurait droit à autre chose qu’un discours creux ou une démonstration de force.

En arrivant en avance, les jumeaux du gouvernement, « Tic et Tac », distribuaient des bandages et des médicaments derrière le bâtiment. J’y suis allé, un peu par curiosité, un peu parce qu’on ne sait jamais ce qui peut servir. Ils m’ont filé un paquet de bandages, des médocs, et même des boules Quies « pour supporter le discours de la Matriarche ». Ils ont plaisanté qu’avec de la boisson énergisante, ils en auraient donné aussi, histoire de ne pas s’endormir pendant le discours. J’ai pris le tout sans trop savoir si c’était de l’humour ou un avertissement.

Le discours de la Matriarche

Quand la Matriarche a pris la parole, tout le monde s’est tu :

Bonsoir à toutes et tous,
vous vivez dans un monde où le temps n’est plus une abstraction, vous le voyez, vous le portez et vous en dépendez. Cela n’a rien d’un hasard. Depuis des générations, ma famille veille sur ce que vous appelez aujourd’hui votre survie. Quand vos systèmes vacillent, le temps continue de s’écouler. Quand vos certitudes s’effondrent, les secondes tiennent encore. Ce n’est pas un miracle, c’est une maîtrise. Beaucoup parlent de droit mais peu comprennent le coût. Le temps n’est pas une récompense distribuée au mérite ordinaire, il n’est pas une monnaie, il n’est pas un dû. Le temps est une charge et toutes les mains ne sont pas capables de la porter. Ma famille ne gouverne pas par la force, elle gouverne par la durée. Nous ne promettons pas l’éternité, nous décidons qui mérite d’aller plus loin que demain. À ceux qui doutent, je dis ceci : le temps vous est donné tant que vous restez utiles à l’équilibre. À ceux qui défient, je rappelle : le temps ne se négocie pas avec ceux qui l’ont appris trop tard. Quant à ceux qui comprennent, ceux qui respectent l’ordre, la retenue, la continuité : ils savent que la patience est remarquée, que la loyauté est mesurée et que le temps, parfois, répond. Souvenez-vous : le monde n’est pas stable parce qu’il est juste, il est stable parce que quelqu’un veille. Et ce quelqu’un, ce n’est pas vous. Certains, ce soir, portent un temps qu’ils ne savent plus contenir ; le temps commence toujours par alléger ceux qui l’utilisent mal. Celui dont la parole représente tous les autres sait qu’il est concerné, et désormais il ne lui reste plus que 30 minutes. Le temps a parlé.

À la fin, une sorte d’aura est apparue autour des Vito, puis ils sont partis sans un mot. Quelques minutes plus tard, notification officielle : El Presidente n’est plus disponible « pour raisons de santé », hospitalisé pour un simple rhume. Personne n’y croit vraiment.

Rendez-vous avec les Dérivants : document et plan

L’après-midi, on avait rendez-vous avec les Dérivants. Cette fois, on n’était pas seuls : un autre groupe, les Rasta, était là aussi. Ambiance tendue, mais on sentait que tout le monde prenait la mission au sérieux. On va devoir collaborer avec eux pour la suite, chacun aura son rôle, et il va falloir se coordonner si on veut avoir une chance de réussir.

Avant d’entrer dans le détail, les Dérivants ont confirmé ce qu’on soupçonnait tous : c’est bien El Presidente qui s’est vu retirer son temps par la Matriarche, et à qui il ne restait plus que 30 minutes. Cette fois, ce n’était pas une rumeur, mais une certitude de leur part.

Ensuite, ils nous ont transmis un document étrange, un extrait de registre technique sur un certain Elias Vito-Santori, ingénieur principal à la base militaire, chargé d’un dispositif de régulation systémique. Ce qui frappe, c’est la façon dont tout le monde parle de lui : comme s’il ne concevait pas, mais décrivait quelque chose qui existe déjà. Les témoignages sont flous, presque mystiques. On dirait que la Tour elle-même est vivante, ou qu’il y a « Lui » derrière tout ça. Rien de rationnel, mais tout le monde semble convaincu.

Registre d'Affectation Technique - Page 1 Registre d’Affectation Technique - Page 1

Registre d'Affectation Technique - Page 2 Registre d’Affectation Technique - Page 2

EXTRAIT - REGISTRE D’AFFECTATION TECHNIQUE
Autorité : Commandement Recherche & Développement
Site : Base militaire
Division : Ingénierie avancée
Aile : Bâtiment 3402
Classification : RESTREINT - ARCHIVES SENSIBLES
Nom : Elias Vito-Santori
Fonction : Ingénieur principal - systèmes expérimentaux
Statut : Mission spéciale à autonomie totale
Période d’affectation :

  • 11 février 1984
  • 3 janvier 1995

Mandat exceptionnel:

Le sujet Elias Vito-Santori a reçu l’autorisation formelle de :

  • concevoir
  • assembler
  • calibrer
  • initier

Un dispositif de régulation systémique à grande échelle, destiné à un déploiement civil ultérieur.
Aucune supervision technique directe n’a été exercée durant les phases critiques.

Conception:
Le dispositif a été conçu intégralement par le sujet, sans comité de validation intermédiaire.
Les plans initiaux ne comportaient aucune note de recherche, aucune hypothèse comparative, aucune alternative envisagée.

Annotation interne :
“La conception ne progresse pas. Elle se révèle.”

Nature des documents:
Les documents transmis par le sujet ne présentent :

  • ni phases exploratoires
  • ni simulations comparatives
  • ni variantes

Les schémas apparaissent complets dès leur première occurrence.
Témoignage - Chef de section, non signé :
“Il ne calcule pas. Il sait.”

Témoignage - Analyste R&D :
“Ce n’est pas une conception progressive. C’est comme s’il décrivait quelque chose qui existe déjà.”

Note marginale, manuscrite :
“Il ne demande jamais si c’est possible. Il indique où ça doit aller.”

Observations comportementales:
Le sujet refuse systématiquement les réunions de clarification technique. Lorsqu’une incohérence théorique lui est signalée, Il ne la corrige pas. Il maintient.

Extrait d’entretien consigné :
“Ce n’est pas à ajuster. C’est aligné.”

Plusieurs témoins rapportent que le sujet fait régulièrement référence à Lui, sans jamais le nommer.

Témoignage - Officier de liaison :
“Il parlait de la Tour comme d’une chose vivante. Pas un bâtiment. Pas une machine. Il disait : Il tient.”

Témoignage - Technicien présent lors des validations:
“Quand on doutait, Il regardait la structure et disait simplement : Lui sait où regarder.”

Aucune clarification n’a été obtenue sur ces propos.

FIN DE L’EXTRAIT

Leur objectif est clair : mardi, il faudra s’infiltrer dans la base militaire, interroger deux ingénieurs qui bossent là de 21h à minuit, et récupérer un maximum d’informations. Pour y arriver, il va falloir provoquer un blackout, probablement avec du C4, pour couper l’alarme et avoir dix minutes de répit. On doit s’organiser en deux groupes : un pour le blackout, un pour l’infiltration et l’interrogatoire. Les Dérivants insistent : pas de violence inutile, pas d’assaut, mais il faudra être prêts à tout. Ils nous font confiance, mais ils attendent qu’on partage toutes les infos avec eux. On sent que la pression monte, et que la moindre erreur peut coûter cher.

Ils nous ont aussi prévenus : leur stock de capsules a pris un coup, à cause d’une planque grillée par les FDJ et les Ti’Temps (avec l’ordre derrière, apparemment). Ils seront ric-rac pendant quelques jours. On n’a pas besoin de caps tout de suite, mais ça veut dire que la tension va monter partout.

Spectacle à Sandy Shores : Ti’Temps et Écorchés

Plus tard, une annonce a circulé : les Écorchés faisaient un spectacle avec les Ti’Temps à Sandy Shores. Bizarre, vu que les Ti’Temps sont pro-Vito et les Écorchés plutôt du côté des Dérivants. J’y suis allé. L’ambiance était étrange, presque forcée. Les Écorchés ont dû faire une pièce de théâtre où ils disaient du bien des Vito, sous l’œil des Ti’Temps et des Vito eux-mêmes, présents dans le public. Ça sonnait faux, comme une punition ou une démonstration. À la fin, les Ti’Temps ont lancé un avertissement à tous ceux qui « trichent avec le temps » ou qui insultent Quantum. Ils ont montré la marque de l’infini sur la main d’un Écorché, comme un exemple de ce qui arrive à ceux qui défient l’ordre du temps. Puis tout le monde s’est dispersé, comme si rien ne s’était passé.

Bilan du jour

Ce que je retiens de cette journée :


2 Février 2026

Retour vers les Écorchés

On a commencé la journée en allant voir les Écorchés. J’avais encore en tête leur “spectacle” d’hier, cette pièce trop lisse, trop forcée, sous l’œil des Ti’Temps.

Ils n’ont pas nié. Au contraire, ils ont soupiré, comme si le sujet revenait les gratter au même endroit.

« Ouais, ils vous ont forcés à dire du bien des Vito. »
« Ouais c’est ça. »

Ils m’ont aussi raconté que les Ti’Temps n’étaient pas “partis avec eux”. Dans la discussion, un détail est revenu :

« Ils ont lâché “Vrax” devant la voiture. »

En revanche, ils ont été très concrets sur le reste : l’entraide, le matériel, les outils. Ils nous ont filé une vingtaine de crochets. Sans condition. Ils ont dit qu’ils pouvaient en fabriquer “sans problème”.

On a parlé “Fleeca” — petite, pas “Chronobanque”. Ça sonnait comme de la logistique de casse, mais dans leur bouche c’était surtout des conseils pratiques, presque mécaniques : chipsets, thermite, perceuse, vigilance sur les gardes. Ils nous ont glissé aussi un détail : les fourgons “Brinks” qui tournent, et ceux de la Fondation Vito.

« Dans les camions de la Fondation Vito, il n’y a que des “capsules”. »

Et surtout : ils ont ajouté qu’avec ces camions-là, “il faut obligatoirement une arme à feu” — “tuer un conducteur”. Je note, parce que ça dit quelque chose du monde : même les conseils “techniques” viennent avec une zone noire.

Avant de se séparer, ils nous ont dit qu’ils cherchaient l’ordre. Ils nous ont demandé si on ne l’avait pas vu, si on connaissait un certain Robert Fatale, quelqu’un de l’ordre qu’ils traquent.

On a répondu qu’on ne le connaissait pas, mais qu’au moindre mouvement, on leur ferait signe.

Passage des Dérivants à la scierie : C4 et poste électrique

Les Dérivants sont passés à la scierie. Eux, pas de détour : ils ont parlé du C4 et du point précis.

Ils ont dit qu’ils passeraient soit chez nous, soit “chez eux” pour nous remettre les charges. Objectif : faire sauter le poste électrique de Sandy Shores, en face de la supérette. Deux charges. “Ça devrait suffire.”

C’était la même musique qu’hier, mais plus proche, plus concret. Et avec une phrase lancée comme une blague, mais qui sonnait comme un mauvais présage :

« Bon Hunger Games. »

Ils ont rappelé qu’ils avaient besoin d’un gars de l’ordre — celui dont les Écorchés nous avaient parlé. Je n’ai pas plus d’éléments. Juste la sensation qu’on court après une ombre dont tout le monde connaît la silhouette, sauf nous. Hank a fini par trouver et nous fournir une photo de lui.

Brief “en famille” : repérage, entrées, grilles et otages

On a repris le plan de demain en famille. Tala et Jo avaient repéré le bâtiment 3402. Ils avaient des photos.

Le point qui revient : l’entrée côté autoroute (nord) est verrouillée. Tala pense que le blackout peut déverrouiller les grilles. Mais la question est la même que toujours : et si ça se reverrouille derrière nous ?

On a tourné le problème dans tous les sens. L’idée la plus froide — celle qui revient quand on n’a plus beaucoup de marge — c’est de prendre les scientifiques avec nous, au moins pour forcer une sortie : ils auront forcément des accès, des clés, des codes, quelque chose.

Plan discuté (pas encore “décidé”, mais c’est ce vers quoi on glisse) :

Côté véhicules, le 4x4 Mesa est notre meilleure carte : c’est le seul qui ressemble vaguement à un véhicule militaire. Donc : tenues militaires.

Répartition évoquée :

Je l’écris, et je sens déjà le poids de ce que ça implique : plus on précise, plus ça devient réel.

Chez les Leftovers : histoire, politique… et Synapse

On a commencé à chercher le type de l’ordre. En parallèle, il y avait un “débat” chez les Leftovers. J’ai demandé qu’on me dépose là-bas, juste pour écouter.

Ils ont fait un feu de camp, une sorte de cercle. Un discours d’abord : la naissance des Leftovers, après la Fracture, autour de Paleto, l’idée de construire quelque chose quand tout pousse à vendre son avant-bras pour survivre. C’était brut, parfois vulgaire, mais pas vide. J’ai retenu leur logique : survivre ne suffit pas, il faut rester humain, et surtout rester ensemble.

Ensuite, ça a dérivé sur le timer, la morale, les élections, l’idée qu’un président peut être “retiré” dès qu’il dérange — ce qu’on vient de vivre, en direct, avec El Presidente.

Synapse était là. On a posé beaucoup de questions sur les anomalies. Ce que j’ai compris, de leurs propres mots, c’est qu’ils parlent “d’anomalies locales”, qu’il y aurait une limite “énergétique” (à force d’entrées, ça se vide), et qu’ils recommandent des tenues de protection (ils ont montré une tenue type hazmat, améliorée après l’anomalie du casino).

Ils ont aussi parlé d’une rumeur — et je la note comme telle — sur des gens qui seraient “tombés à zéro” et qui seraient “repartis”.

« Les chronophages. »

Synapse a dit ne pas avoir de preuve solide, et que les témoignages connus venaient souvent de gens sous substance. Donc : impossible de savoir si c’est réel, exagéré, ou un mythe qui circule parce que tout le monde a besoin d’y croire.

Faisceau, orage, et anomalie “eau” à l’ouest de Sandy Shores

Pendant qu’on discutait, on a entendu le bruit du faisceau entre le Temple et la Tour Vito. Quelques minutes après : deux coups d’orage. Les mêmes signaux que les anomalies.

La discussion s’est arrêtée net. Tout le monde s’est dispersé, à la chasse au phénomène.

On l’a trouvée un peu plus à l’ouest de Sandy Shores. Cette fois ce n’était pas feu, ni électrique : c’était une anomalie d’eau. Des sortes de geysers jaillissaient du sol, par à-coups, comme si la terre respirait à l’envers.

Je n’ai pas eu un instrument pour mesurer quoi que ce soit. J’ai seulement :

Ce que j’ai entendu le plus souvent, c’est ce motif : -50 minutes / +50 minutes, qui pouvait tomber plusieurs fois d’affilée, de manière aléatoire.

Et j’ai vu autre chose, plus dérangeant : certains avaient l’air de “changer”. Une seconde, leur visage, leur silhouette, leur posture — tout semblait devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un qui se tenait là, à côté, puis ça revenait. Comme un masque mal ajusté.

Autour, des gens affirmaient qu’à chaque “transformation”, la personne dont l’apparence avait été “copiée” recevait 33 minutes. Je ne peux pas le certifier moi-même, mais j’ai vu ceux qui restaient dehors se palper l’avant-bras, vérifier, s’agiter.

Je suis reparti avec cette impression : les anomalies ne donnent pas “du temps”, elles redistribuent, elles arrachent, elles déplacent — et elles rendent les gens addicts à l’idée de pouvoir compenser, vite, là, tout de suite.

Et demain, on compte entrer dans une base, avec du C4 dans un sac et des tenues empruntées à l’image qu’on se fait d’un soldat.

Je ne sais pas si on est en train d’attaquer un système… ou de jouer exactement selon ses règles.


Fiche opérationnelle – Mission base militaire

Objectif

Renseignements confirmés / à surveiller

  1. Repérage (fait / à compléter)
    • Bâtiment 3402 repéré et avec photos.
    • L’entrée côté autoroute (nord) est verrouillée.
    • Point critique : les grilles. On espère qu’une coupure générale les déverrouille, mais il faut prévoir le cas où ça se reverrouille derrière nous.
    • À compléter avant l’action : caméras, rondes, temps de réaction, angle mort, itinéraires de sortie.
  2. Coordination / répartition (proposition actuelle)
    • Équipe “diversion” : provoquer une coupure / diversion suffisamment large pour gagner une fenêtre de passage.
    • Équipe “infiltration / entretien” : profiter de la fenêtre, atteindre 3402, isoler les ingénieurs sans violence inutile, obtenir des réponses.
    • Équipe “surveillance / extraction” : rester dehors, moteur prêt, et décider au dernier moment de la sortie la plus viable.
    • Coordination : on n’est pas seuls. Les Rasta sont dans l’équation, et les Dérivants attendent un retour complet. Il faut un canal radio clair.
  3. Matériel à prévoir
    • C4 (blackout)
    • Radios
    • Outils d’ouverture (crochets, perceuse, chipsets, thermite)
    • Déguisements ou tenues discrètes
    • De quoi enregistrer l’entretien
    • Armes en dernier recours
  4. Déroulement
    • Blackout → infiltration immédiate (10 min max)
    • Interroger les deux ingénieurs (si possible en parallèle)
    • Fouiller le bureau pour tout document/clé USB
    • Extraction rapide par la sortie la moins surveillée

Risques (à se répéter)

Questions à poser aux ingénieurs Vito

Sur le dispositif de régulation systémique

Sur la Tour Vito

Sur Elias Vito-Santori

Sur les incidents ou anomalies

Sur la sécurité et les accès


3 Février 2026

Avant de partir : tenue, radio, et ce silence avant le choc

On s’est préparés comme on se prépare à mentir : en répétant les gestes jusqu’à ce qu’ils aient l’air naturels.

Tenues militaires, oreillettes, et ce petit détail qui nous a rassurés bêtement : un de nos 4x4 ressemble assez à un véhicule de service pour ne pas attirer un regard trop attentif.

Les Rasta nous ont rejoints à la scierie. On a discuté de ce qu’on allait faire, sans faire les malins. Juste assez pour que chacun sache où se placer et quand se taire.

Le matériel est arrivé. Les Dérivants avaient dit “mardi”, ils ne plaisantaient pas.

La coupure : une île entière qui retient son souffle

Quand la coupure est tombée, ce n’était pas juste la base. On aurait dit que ça avait touché l’île entière : pas de lumière, et surtout plus de réseau. Les téléphones sont devenus des bouts de plastique.

Je ne sais pas si c’était “prévu” ou si ça a débordé. Je sais juste que tout s’est mis à aller très vite.

Dans le bâtiment : torches, couloirs, et deux ingénieurs

On a trouvé une porte qu’on pouvait franchir, et un des Rasta s’en est occupé. Une fois dedans, c’était un bâtiment long, étroit, avec des pièces qui ne ressemblaient pas à des salles de combat : plutôt des bureaux, des couloirs, des odeurs de matériel et de froid.

On a fini par tomber sur les deux ingénieurs. Ils avaient l’air plus agacés par la panne que terrifiés par nos uniformes, au début.

J’ai interrogé un ingénieur qui s’est présenté comme Jeremy Blake. Hank a interrogé l’autre, Carole White.

Ce que Jeremy Blake nous a dit

Ce que Carole White nous a dit

Les éléments trouvés sur place

Sortie : sirènes, silhouettes, et la Matriarche

La réponse sur place a été rapide. Trop rapide.

Je n’écris pas ici les détails exacts de ce qui s’est dit dehors — pas pour faire le mystérieux, mais parce que ce genre de détails finit toujours par se retourner contre ceux qui les écrivent.

Ce que je peux écrire : la Matriarche est arrivée en hélicoptère à la base. Et au moment où l’appareil s’est posé, autour d’elle a été vue une aura, le même genre de halo que lors de sa conférence.

Si elle s’est déplacée elle-même, c’est que ce qu’on a touché est précieux.

Après : anomalie d’eau près de la prison

À peine sortis, une autre tension a pris la place : une anomalie près de la prison.

Ce que j’en ai compris, surtout par ce qu’on m’a raconté : l’anomalie envoie les gens dans une sorte d’espace liminaire, un labyrinthe de couloirs “de bureaux”, et si on rate la sortie, on finit propulsé en chronozone, pas loin d’une frontière.


5 Février 2026

Retour chez les Dérivants : compte-rendu, confirmations, et ce qu’ils en tirent

On a revu les Dérivants aujourd’hui.

On leur a fait le compte-rendu de mardi. Tout ce qu’on avait : ce qu’on a vu, ce qu’on nous a dit, les photos, les détails qui paraissent petits tant qu’on ne les met pas bout à bout. Ça leur a fait de la matière. Je l’ai senti tout de suite : même les confirmations “banales” ont du poids, quand elles sortent de la bouche de gens qui travaillent pour la famille Vito.

Ils ont surtout accroché sur deux choses.

D’abord, le fait que le serveur temps soit situé dans les parties hautes de la Tour Vito (dans les étages supérieurs). Ensuite, l’idée — présentée comme très probable par Carole White — que la chronozone soit liée à ce serveur. Je note ça comme elle l’a dit : une conviction, pas une preuve. Mais ça les a mis en mouvement.

Ils ont commencé à parler “zones faibles”, souterrains, cuvettes, métro… comme si le sol pouvait servir d’écran. C’est leur manière de raisonner : chercher une fissure dans la carte, pas dans le mur.

Un truc m’a marqué : ils ont évoqué un appareil, un genre de “terminal”, capable de lire des informations liées aux compteurs et à l’argent. Ils ont dit qu’ils en avaient perdu un, et que l’ordre Vito le leur aurait volé. Ils nous ont aussi dit qu’ils nous en donneraient un.

Et ils ont été très clairs : si on tombe sur un gars de l’ordre Vito et qu’on arrive à récupérer leur terminal volé, alors celui-là serait à nous. Ils ne veulent pas que l’ordre puisse le récupérer et le rétro-ingénier, ni que leur technologie circule hors de leurs mains.

Je ne sais pas ce que c’est, ni jusqu’où ça va, mais ça m’a donné la sensation que cette guerre-là ne se joue pas seulement avec des armes. Elle se joue aussi avec des accès.

Après : “pouvoir du temps”

Après le débrief, la discussion a basculé sur un sujet plus terre-à-terre : comment récupérer du temps.

Je n’écris pas ici les détails qu’ils ont donnés. D’abord parce que ce journal n’est pas un manuel. Ensuite parce que les détails, dans ce monde, finissent toujours par devenir des cordes qu’on passe à son propre cou.

Mais le fond, je peux l’écrire : pour eux, on est entrés dans une phase où le temps se vole autant qu’il se gagne. Banques, transports blindés, convois… Ils parlent de ça comme d’une logistique, pas comme d’une transgression. Comme si le crime était juste une autre branche du ravitaillement.

Je me suis surpris à penser qu’on fait tout à l’envers. On commence par infiltrer une base militaire, et ensuite on se retrouve à envisager des “petits” fourgons blindés. Ça devrait être l’inverse. Mais depuis la Fracture, tout est inversé.

Un fourgon blindé : lenteur, bruit, et une décision qui laisse un goût

Plus tard, on est tombés sur un fourgon blindé Vito.

On a mis un temps fou à réussir à l’ouvrir. Trop de temps pour se sentir invisibles. On a eu de la chance : le LSSD et l’ordre Vito étaient occupés ailleurs, à protéger un convoi lié aux Vito.

Il y a un point qui me reste au fond de la gorge.

Pour accéder au compartiment arrière, il a fallu neutraliser le conducteur. Pas dans le sens “lui faire peur”. Dans le sens définitif. Je ne sais pas si c’était la seule façon, mais sur le moment, c’est comme ça que ça nous est apparu : si le conducteur reste en mesure d’agir, le fourgon n’est jamais “à nous”, et tout ce qu’on fait derrière n’est qu’un compte à rebours.

Je ne vais pas me donner le beau rôle. Je n’en ai pas.

On a fait ce qu’on a fait. Et ensuite on a percé, on a arraché ce qu’on pouvait, et on s’est tirés.

Dans le fourgon, on a récupéré 3 heures de temps.

Sur le retour, personne ne parlait vraiment. On avait l’impression d’avoir gagné du temps, et en même temps, d’en avoir perdu quelque part.


6 Février 2026

“Synchronisation publique & collective” de C.O.D.E.

On est allés à leur “synchronisation publique & collective” du C.O.D.E. — et ils ont même développé le sigle sur leurs affiches comme « Cercle de l’ordre digital éveillé ». Rien que le nom, ça sonnait déjà comme une église.

Ils nous ont donné des livrets : « Le C.O.D.E. — Les cantiques ».

Je m’attendais à un briefing, à une présentation technique, ou à une réunion de militants. À la place, c’était construit comme une messe : des phrases “dites par eux”, puis des réponses qu’on est censés réciter à voix haute, dans un ordre précis.

Je ne suis pas à l’aise avec ça. Je ne suis pas venu pour apprendre à répondre en chœur.

Quand le cantique d’ouverture a commencé, je me suis tu. J’ai laissé les autres parler. Je voulais entendre sans me laisser embarquer.

Après ça, ils nous ont montré une vidéo de celle qu’ils appellent la “Sacheuse”. Puis un cantique de clôture. À la fin, ils nous ont remis une transcription écrite de ce qu’elle avait dit.

Je note ici l’essentiel tel que je l’ai compris :

Quand elle dit “tout ce qui est mécanique a un concepteur”, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Elias Vito-Santori. On sait désormais que c’est lui qui a conçu le serveur temps. Alors, entendre quelqu’un répéter que “ce n’est pas un accident”, ça tombe trop bien pour ne pas donner des frissons.

Et leurs “actifs stratégiques”… ça recoupe trop de choses. Les Dérivants nous ont parlé, il y a quelque chose de caché dans la prison : un endroit blindé, protégé contre les IEM, raccordé à l’énergie de Palmer-Taylor. Quand on construit un truc pareil, ce n’est pas pour stocker des draps. Ça ressemble à de l’électronique, à des machines, à quelque chose qui doit tourner même quand le reste s’écroule.

Ce sont leurs mots. Leur grille de lecture. Ça ne rend pas ça faux. Mais ça ne rend pas ça vrai non plus.

Au milieu de tout ça, une chose m’a glacé : la manière dont ils parlent des gens. Comme si on était du matériel qui dysfonctionne dès que la lumière s’éteint.

Et quand elle parle du blackout… je sais d’où il vient. C’est nous. Et ça aurais fait paniquer les membres du C.O.D.E., ils ont choisi d’en faire une leçon publique — et ils ont l’air d’y croire au point d’en porter la marque.

Ce que j’en retiens / ce que je refuse d’avaler

Ce que j’en retiens, c’est qu’ils ont une chose que beaucoup n’ont plus : une colère structurée. Ils relient des points. Ils posent des hypothèses. Ils refusent d’appeler “fatalité” ce qui ressemble à une mécanique.

Mais je refuse d’avaler le reste : la liturgie, l’unisson, l’idée qu’il faudrait se synchroniser comme on aligne des machines. Le monde est déjà rempli de gens qui disent “répétez après moi”. Les Vito, le gouvernement, les prêcheurs, les chefs de meute.

Je veux bien douter. Je veux bien chercher. Je veux bien écouter.

Je ne veux pas me laisser programmer.

Artefact — Transcription remise par C.O.D.E. (la “Sacheuse”)

[INITIALISATION - CONSOLE RESTAUREE]
Signal: stable.
Température: sous contrôle.
Humilité du C.O.D.E.: toujours absente.
Citoyenne. citoyens.
Ce soir vous êtes venu pour une LAN. Une synchronisation. Un moment collectif.
Mais je ne suis pas ici pour vous divertir.
Je suis ici pour vous rappeler une chose simple: Vous êtes en train de mourir.
Pas “un jour”. Pas “plus tard”.
Maintenant.
Minute après minute.
On vous a donné un compteur.
On vous a dit que c’était “la conséquence” de la fracture.
On vous a dit que c’était “naturel”.
On vous a dit que c’était “inévitable”.
Et vous avez obéi. Comme on obéit à une horloge.
Comme on obéit à une laisse.
Mais écoutez-moi attentivement:
la Fracture n’est pas un accident.
Et ce compteur n’est pas une fatalité.
C’est une technologie. Une architecture. Une mécanique.
Et tout ce qui est mécanique… à un concepteur.
Depuis plusieurs semaines, nous - le Code - observons.
Nous analysons.
Nous récoltons des fragments d’information.
Pas des rumeurs.
Des traces. Des documents. Des éléments concordants.
Nous avons appris l’existence de structures classées “actifs stratégiques”.
Des sites conçus pour survivre à des frappes nucléaires.
Des infrastructures reliées à l’énergie de Palmeur Taylor.
Des installations durcies contre les EMP, les intrusions, les sabotages.
Pourquoi construire cela ?
Pour vous protéger ?
Ou pour protéger quelque chose qui doit continuer de tourner.
Nous avons vu une famille se proclamer gardienne du temps.
Nous avons vu une matriarche affirmer qu’elle seule décide qui mérite de vivre plus longtemps.
Et nous avons vu, ce même soir, des phénomènes lumineux, des anomalies, des arrêts de compteur.
Vous appelez ça du surnaturel.
Moi, j’appelle ça une preuve.
Et pendant que vous discutiez, le gouvernement est mort.
Un crash. Un “hasard”.
Une coïncidence si parfaite qu’elle en devient obsène.
Je ne suis pas ici pour vous dire qui est le monstre.
Je suis ici pour vous dire que le monstre existe.
Et qu’il vous regarde.
Il vous mesure.
Il vous trie.
Il vous laisse vivre juste assez longtemps pour rester utile.
Et il vous tue dès que vous devenez gênants.
Vous voulez savoir ce qui est le plus dangereux ?
Ce n’est pas l’ennemi.
Ce n’est pas la famille Vito.
Ce n’est pas la famille Morvane.
Ce n’est pas le concile.
Le plus dangereux, c’est votre résignation.
Votre capacité à dire:
“C’est comme ça.”
“on n’y peut rien.”
“Je vais acheter une capsule et survivre une journée de plus.”
Ils ont transformé votre existence en abonnement.
Et vous avez accepté les conditions d’utilisation sans les lire.
Maintenant, parlons de nous.
Lle C.O.D.E.
Ceux qui pensent.
Ceux qui bricolent.
Ceux qui osent.
Nous avons subi un blackout.
Une coupure générale.
Une seconde de chaos.
Et dans cette seconde, j’ai vu ce que vous êtes vraiment:
des primates brillants qui paniquent dès que la lumière s’éteint.
Ma console a brûlé.
Pas parce que l’ennemi est trop fort.
Mais parce que vous avez été trop faibles.
Alors oui.
Je vous ai puni.
Et pour que tout le monde le sache.
Pour que ce soit visible, public, impossible à nier:
les membres du C.O.D.E. sont désormais chauves.
Pas par esthétique.
Pas par folklore.
Par nécessité.
Parce qu’un crâne rasé, c’est un rappel:
qu’on ne doit plus laisser la panique décidée,
qu’on ne doit plus se croire invincible
et que la moindre erreur coûte plus cher que votre ego.
Les cheveux repoussent.
La vigilance non: elle se construit.
Citoyenne. Citoyens.
Ce soir, je ne vous demande pas de me croire.
Je vous demande d’arrêter de dormir.
Posez-vous une question:
Qui a intérêt à ce que vous comptiez vos minutes au lieu de compter vos ennemis ?
Regardez les infrastructures.
Regardez les familles.
Regardez les alliances.
Regardez les anomalies.
Et surtout:
regardez ce compteur.
Il ne mesure pas votre vie.
Il mesure votre soumission.
Si vous voulez survivre, vous devrez choisir:
être un rouage…
ou être une fracture dans la machine.
Synchronisez-vous.
Parlez.
Cherchez.
Doutez.
Et quand on vous dira “ce n’est qu’un accident”…
Répondez simplement:
Non.
Ce n’est pas un accident.
C’est un système.
Le calcul continue.
[FIN DE TRANSMISSION]

Yellow Jack : FDJ, Tempo, et une fin de journée en bruit de fond

Après ça, je suis passé au Yellow Jack.

Il y avait des FDJ, et d’autres gens. Tempo était là. J’ai discuté un peu, sans m’éterniser.

L’ambiance était celle d’un bar un vendredi : des vannes, des histoires à moitié vraies, des bouts de confidences qu’on lance pour voir si ça retombe sur ses pieds.

J’ai entendu des gens reparler de la “synchronisation” du C.O.D.E. Certains disaient que ça pousse à vivre comme si on n’était pas esclave du compteur. D’autres trouvaient ça trop risqué. Moi, je n’arrivais pas à me sortir de la tête le côté liturgique : les réponses à réciter, l’ordre des phrases, le besoin d’unisson.

Il y a eu aussi des rumeurs sur le motel Morozova : ils seraient tous morts à l’intérieur, et ça aurait été sanglant — personne ne savait m’en dire plus.

Je suis rentré me coucher tôt. La tête pleine de slogans, de verres qui s’entrechoquent, et de ce mot qui revient partout : système.


7 Février 2026

Matin / après-midi : deux fourgons, peu d’argent, un peu de temps

Avec Hank et Mia, on a fait un fourgon vert. À l’intérieur : presque rien. 10 000 $, et le sentiment ridicule d’avoir couru après une boîte vide.

Plus tard, avec Hank seulement, on est tombés sur un fourgon blindé Vito. Celui-là, au moins, avait quelque chose : on a récupéré 1 jour et 1 heure.

Quand on est rentré, j’ai dit à Hank de prendre la capsule d’un jour. C’est lui qui a le moins de temps sur son compteur, et on n’a pas le luxe de jouer aux héros quand les chiffres deviennent serrés.

On a connu un ou deux échecs dans la journée. Rien de dramatique, mais assez pour entamer la patience.

Hank est parti se coucher.

Soir : Yellow Jack… et les Écorchés

Je me suis retrouvé seul, alors je suis allé boire un petit coup au Yellow Jack. Juste pour poser la tête, respirer autre chose que le métal et les compteurs.

Devant le bar, un gars que je ne connaissais pas m’a filé un truc bizarre : une espèce de drogue à fumer, du “Fuze”. Il a précisé qu’il vendait ça 2 000 $. On a échangé nos contacts, comme si c’était normal. Comme si on collectionnait des numéros pour se rassurer, ou pour se recontacter quand ça tournera encore.

Et là, les Écorchés sont arrivés.

Ils m’ont pris en otage.

Ce qui est absurde, c’est que ça n’a rien eu d’un cauchemar “sale”. Ils m’ont très bien traité. Il y en a même un qui a tenu un parapluie au-dessus de moi quand il s’est mis à pleuvoir. J’étais une monnaie d’échange, pas une cible.

Ils m’ont expliqué (à leur façon, entre deux phrases) que c’était pour pouvoir s’enfuir après un braquage. J’ai compris que j’étais là pour le LSSD : un levier, une contrainte, un échange.

Il y avait un des Écorchés — “Butcher”, je crois — qui portait un truc énorme, un tube qui ressemblait à un lance-roquettes. Le genre d’objet qui fait basculer une scène dans un autre film.

Ce qui m’a frappé aussi, c’est que mon nom ne leur disait pas grand-chose. Ils ont reconnu “la scierie”, et ils ont surtout remis mon visage à un moment précis : la fois où je m’étais arrêté pour voir si l’un d’entre eux allait bien, quand on l’avait trouvé au sol avec Mia près du pont du lac.

Je n’écris pas les détails. Pas parce que je protège qui que ce soit, mais parce que ce journal n’est pas un manuel.

Je peux juste dire ce que j’ai vu : pendant que certains géraient l’intérieur et les gardes qu’ils ont dû neutraliser, d’autres attendaient dehors pour parler avec le LSSD. Ça ressemblait à une scène répétée mille fois : rendre l’otage, laisser une marge, et finir en poursuite.

Ce soir-là, ils ont fait une “exception” : ils voulaient que tout le butin parte dans une seule voiture, et ils ont même demandé qu’on leur dise laquelle serait poursuivie. Je ne sais pas si c’était de la mise en scène, du calcul, ou juste une manière de limiter le chaos.

La poursuite s’est terminée vite. J’avais à peine commencé à revenir vers le Yellow Jack à pied que les policiers sont revenus me récupérer et m’y ont raccompagné en voiture.

Retour au bar : Vito, murmures, et philosophie bizarre

Au Yellow Jack, il y avait des Vito, dans un coin, à discuter avec des gens. J’ai essayé d’écouter, mais ils parlaient bas.

J’ai quand même surpris un bout de conversation : la Matriarche Vito parlait à un certain “Carrud”. Elle disait qu’elle n’appréciait pas d’apprendre que, dans le nord, certains voulaient se rebeller, faire des actions contre sa famille — alors que, selon elle, les Vito n’avaient fait que tendre la main depuis le début. Elle avait l’air de regretter ça. Elle répétait que c’était triste.

Un peu après, un type qui se faisait appeler “Jo” — habillé en rouge, avec un kilt — a demandé à voir l’under sheriff. À peine il avait dit ça qu’elle est arrivée. Ils ont parlé à côté de moi.

Il disait qu’il allait “au tribunal” mardi. Il voulait savoir s’il serait jugé par les Vito ou par les shériffs. Le gouvernement parle d’un tribunal populaire, mais elle n’avait aucune information, et elle ne savait pas quoi lui répondre. Il avait peur pour son sort. J’ai cru comprendre qu’il s’était fait prendre sur un braquage de banque, et il râlait contre ceux qui ne font “que des fourgons”.

Puis il lui a demandé si c’était calme, s’ils n’avaient pas encore eu “le tsunami”. Elle a dit non. Il lui a répondu de ne pas s’inquiéter, que ça allait arriver. Elle a dit qu’elle en avait entendu parler aussi — “un jour proche”, a-t-elle lâché, sans y croire à moitié. Et lui a fini par dire qu’il ne savait pas.

Il y avait aussi un gars étrange : costume, cheveux blonds mi-longs attachés au-dessus, plus sombres et courts en dessous. Il posait des questions de philosophie, comme s’il testait les gens.

Un verre à la main, il lançait des hypothèses comme on lance des dés : est-ce qu’on accepterait d’effacer un souvenir traumatique sans que ça laisse de trou, sans même s’en rendre compte ? Est-ce qu’on voudrait redécouvrir un film ou un jeu “pour la première fois”, comme si on pouvait se refaire un passé propre, à la demande ?

Autour, ça répondait comme ça pouvait, entre deux commandes. Ginette, la barmaid, proposait du champagne “offert ce soir”, quelqu’un réclamait un whisky, et lui continuait à dérouler ses dilemmes, calme, poli.

Un autre détail me revient : on dirait que tout le monde est déjà au courant de ce dont les Dérivants nous avaient parlé — comme quoi les Écorchés allaient “nous appeler”. Sauf que là, toujours rien. Peut-être demain.

Je suis rentré avec cette impression épaisse : qu’on peut être otage sans être maltraité, et que ça ne rend pas la chose moins grave. Et qu’autour de nous, il y a des gens qui parlent du temps comme d’une monnaie, et d’autres qui parlent de la mémoire comme d’un interrupteur.


8 Février 2026

Soir : explosions, scission, et négociation sous vitres

Ce soir, on savait qu’il allait se passer quelque chose. On ne savait juste pas quoi.

En tournant en ville, on a vu deux énormes véhicules blindés du côté du gouvernement. Ça ressemblait à une mise en place, à un décor qu’on pose avant de faire monter le son.

Peu après, les stations de péage ont explosé.

Et presque tout de suite derrière, j’ai entendu le nom de “Carrud” revenir dans les bouches — lui et des groupes du nord revendiquaient un coup d’État, et une scission entre le nord et le sud. Je le note comme je l’ai entendu : revendiqué, crié, répété. La vérité, dans ce genre de moments, se déforme vite.

Quelques minutes après, j’entendais beaucoup de bruit du côté de l’ancien gouvernement, à Sandy Shores. J’y suis allé.

Là-bas, il y avait du monde. Beaucoup trop de monde : des groupes de partout, les Morvane “du gouvernement”, des Vito. Une foule qui attendait quelque chose comme on attend un verdict, en étant déjà prête à huer.

La foule a hué les Morvane. Après ça, ils sont tous rentrés à l’intérieur pour “négocier”. Je suis resté dehors à écouter ce que je pouvais, à capter les phrases qui filtraient et les réactions.

Le LSSD a demandé l’évacuation. Et tout le monde s’est exécuté. Comme des bons toutous.

J’ai entendu Garfield Junior Morvane — celui qu’on appelle “le Gouvernail” (j’ai du mal avec ce mot) — lâcher un “coucouche panier” avec un sourire sûr de lui. Il n’avait pas tort sur un point : il suffit d’un ordre, et la foule se range. Mais il a tort si ça l’amuse.

Moi, j’ai décidé de rester voir.

Autour, la rumeur courait qu’il y avait une guerre ouverte entre les Ti’Temps et les groupes du “coup d’État”. Les Ti’Temps, pro-Vito, seraient allés brûler des camps : Écorchés, Taupes, Leftovers.

Il y avait aussi le Dr Viager (Morvane) sur place. Je l’ai entendu menacer de faire exploser le bâtiment si on ne partait pas.

On n’est pas partis.

Et puis, quelques minutes plus tard, j’ai entendu un bruit de minuterie. Le genre de son qui vous fait comprendre, sans réflexion, que le décor peut devenir un cercueil.

Le bâtiment a été évacué, les négociations interrompues. Il y avait bien une bombe. Le LSSD a réussi à la désamorcer. Donc, pour l’instant : “tout va bien”.

Mais la question reste entière : qui l’a posée ?

Après coup, il est sorti que le coup d’État avait capoté. Il y a eu une première annonce : ceux qui avaient brûlé les camps seraient poursuivis. Puis, plus tard, une autre : ils étaient graciés, et “Carrud” serait nommé conseiller du “Gouvernail”.

J’ai eu l’impression qu’ils s’étaient fait avoir. Que ce rôle de conseiller, c’était le lubrifiant pour faire passer la pilule. Une façon de transformer une défaite en poste, et un poste en muselière.

J’ai dû me présenter quatre ou cinq fois. Mon nom ne dit rien à personne. Vraiment.

Parfois, c’est un avantage : on passe entre les regards. Mais parfois, c’est une barrière : ça nous coupe des informations, ça nous rend inutiles aux yeux des autres.

Ce soir, personne ne nous a demandé d’aide. Personne. Alors que les Dérivants nous avaient dit que les Écorchés feraient sûrement appel à nous. Et là, toujours rien.


9 Février 2026

Jour : forêt, Tala, et ce que la Racine coûte

J’ai fait une petite balade en forêt avec Tala. Ça faisait du bien de marcher sans entendre des sirènes, des annonces, des “communiqués”.

On a parlé. Pas de tout, mais de ce qui compte.

Elle m’a dit, calmement, que la Racine… elle la connaît depuis bien plus longtemps que nous. Que sa tribu en était la gardienne, avant de disparaître.

Je lui ai demandé si c’était parce que c’était “précieux”. Elle a répondu oui — et elle a ajouté que c’était précisément pour ça que son peuple avait disparu.

D’après elle, après la Fracture, il y a eu des rumeurs sur la Racine : des gens ont commencé à chercher, à vouloir comprendre ce que c’était “vraiment”. Ils ont su que sa tribu était liée à ça. Et pour obtenir les réponses, ils ont utilisé la violence. Pas la méthode douce.

Je l’écris comme elle me l’a dit, sans enjoliver. Ça me rappelle une règle simple : ici, tout ce qui ralentit la mort devient une cible.

En parlant de tout ça, on a aussi reparlé du serveur temps. Si c’est une création humaine, alors en théorie, ça se détruit. Le problème, c’est qu’entre “en théorie” et “en vrai”, il y a la Tour, la chronozone, et notre ignorance.

On a évoqué l’idée de ne pas se faire détecter — par le serveur, par le système, je ne sais pas comment dire — quand on se rapproche du sud. Moi, je n’ai pas les connaissances pour répondre. J’ai juste la sensation qu’on avance vers une porte sans poignée.

Avant de rentrer, on est allés voir un camp pas loin de la scierie. De loin, ça avait l’air vide. Mais il y avait un bâtiment fermé, et une caméra à l’entrée. Ça ne ressemble pas à un abandon. Ça ressemble à une pause, ou à une mise sous cloche.

Fin de journée : fourgons, arrestations, et une chance que je n’ai pas saisie

Pendant ce temps, Hank, Jo, Tala, Abby et Mia sont partis tenter des fourgons blindés.

Ça s’est mal terminé.

Jo et Hank se sont fait choper. Ils ont perdu les deux capsules de 120 minutes qu’ils avaient amassées, et ils se sont fait matraquer.

Je n’y étais pas. Et pour une fois, je me suis dit que j’avais bien fait de ne pas venir. Pas par lâcheté : juste parce que je n’aurais rien empêché. J’aurais juste ajouté un corps de plus au tas.

Orage : une anomalie qui transforme, et un récit qui fait froid

Il y a eu un coup d’orage. Encore une anomalie.

Je suis parti à sa recherche, et je suis tombé sur quelqu’un qui faisait du stop. Il m’a indiqué un endroit — “3049”.

Quand je suis arrivé, c’était vers la fin.

Autour de l’anomalie, dans le désert, il y avait des arbres qui poussaient extrêmement vite. Ça donnait l’impression que le sol essayait de rattraper des années en quelques minutes.

J’ai vu des gens s’approcher… et j’ai vu des corps bouger, changer. Ils se transformaient en animaux.

Le C.O.D.E. était là. Je leur ai posé des questions.

Ils m’ont raconté que certains se transformaient en animaux, et que s’ils touchaient l’anomalie, ils étaient envoyés dans l’océan, au milieu des requins. Après avoir nagé, il y aurait un tout petit îlot pour se poser — trois personnes maximum.

Ils disaient que les téléphones, par miracle, tenaient l’eau, et qu’ils avaient pu appeler leurs amis pour être récupérés en bateau.

Concernant les compteurs : certains n’auraient rien gagné, d’autres auraient gagné 91 minutes, et une seule personne aurait perdu 1 jour.

Quand je me suis présenté, eux connaissaient mon nom. Ça m’a surpris, après les derniers jours où je n’étais personne pour la plupart des gens. On a échangé nos numéros.

Plus tard, en allant chez le mécano faire réparer la voiture, il m’a donné sa théorie : le jour perdu par quelqu’un aurait peut-être été redistribué aux autres. Je n’ai pas de preuve, mais… ça se tient. C’est même la logique la plus cohérente que j’ai entendue sur ces phénomènes : rien ne se crée, tout se déplace.

Nuit : laser, mont Chiliad, et une porte qui se referme

Vers 23 h 45, il y a eu le bruit du laser entre le Temple et la Tour.

J’ai monté le mont Chiliad à pied, en passant par la scierie. Je me suis dit que les gens partiraient plutôt de l’autre côté, parce que le chemin balisé est là-bas.

En haut, j’ai vu une voiture garée. Je suis allé me cacher dans un buisson, sur le chemin.

Vers 00 h 07, j’ai vu l’hélico des Vito repartir en direction de la ville. J’ai attendu longtemps pour voir si la voiture repartait. Je ne l’ai pas vue passer.

Je suis rentré.

Plus tard, une notification : les Vito ouvraient leur “Club 33” en ville, de 1 h à 3 h. J’étais trop fatigué. Je suis allé me coucher.

10 février 2026

On a entendu parler d’un convoi Vito aujourd’hui. On est arrivés trop tard pour le prendre de vitesse : c’étaient les Rasta qui étaient dessus, mais tout était encerclé par des Vito et des gens de l’Ordre. Impossible de savoir comment on pourrait réussir à récupérer le contenu du convoi sans se faire choper ou pire.

Avec Mia, on a décidé d’aller à l’intérieur de l’ancien gouvernement, là où Hank avait trouvé un terminal qui semblait cacher quelque chose. J’ai réussi à comprendre comment accéder au document caché. Je le recopie ici :

Compte-rendu réunion - Chief Anderson & Amani Vito Compte-rendu réunion - Chief Anderson & Amani Vito

COMPTE-RENDU RÉUNION - CHIEF ANDERSON & AMANI VITO

DEBUT DE TRANSMISSION

• ENTRÉE DU 06.06.2020 LOG ENTRY // JOURNAL

Je viens de sortir d’une réunion épineuse.
La discussion avec Mr Anderson n’a pas été facile contrairement à ce que l’on peut imaginer.
Il a voué sa vie à protéger et défendre celle des autres.
Seulement sa vision des choses est biaisée et surtout obsolète.
Mais il s’entête.

La notion de temps telle qu’il la connaît n’existe plus.
Aujourd’hui le temps est au cœur de tout.
Il nous accuse de manipuler les opinions à travers le temps, il nous confond avec ses criminels qu’il a trop longtemps côtoyés.
Rien n’est plus frustrant que de parler avec un ignorant.

J’étais agacée je dois bien l’avouer.
Il est obtus !

Les Vito ne sont que paix, nous ne touchons jamais d’arme sauf en cas d’entraînement.
Nous n’armons même pas l’Ordre d’armes à feu justement pour prouver notre bonne foi, nous sommes là pour apaiser le monde et que les transactions de temps se passent bien.
La seule donnée qui a changé c’est que nous connaissons l’heure de notre mort, est-ce si difficile à comprendre ?

Mr Anderson nous parle d’égalité des chances, que c’est risible.
Il n’y a jamais et il n’y aura jamais de chances égales pour tous.
Dans un milieu naturel il y a toujours une hiérarchie, elle est inévitable.

Mais ce qui le dérange au fond, c’est qu’il ne représente plus l’autorité pure, Mr Anderson voit son petit égo diminué, voilà la vraie raison de son départ.
Dès qu’un homme ou une femme est couvert d’un peu de pouvoir il en use et abuse mais avec les compteurs de temps, ils perdent ce pouvoir.
Mr Anderson a fait son temps, aujourd’hui nous avons besoin d’une autre trempe de protecteurs

L’avenir appartient au Temps.

- Amani Vito

FIN DE TRANSMISSION

12 février 2026

Aujourd’hui, on en a appris plus sur le fameux laser dans le journal « Time To Tell ». Je ne sais pas si tout est vrai là-dedans ou si c’est encore une histoire arrangée pour calmer les rumeurs…

TIME TO TELL

LE SAVIEZ-VOUS ? LE TEMPS, C’EST ÇA!

Suite aux nombreuses rumeurs du peuple, les Vito se dévoilent

Lundi dernier, les Vito m’ont invité moi ainsi qu’un stagiaire du Time To Tell au Temple du Temps.

Sur le chemin de l’allé, nous avons été mis tout de suite au courant, comme quoi, ce que nous allions voir allait être bouleversant et répondrait à beaucoup de nos questions.

Dès que nous sommes arrivés, la Matriarche Dame Amani Vito a commencé à faire un geste de ses mains afin d’ouvrir une salle. Cette ouverture, il s’agit du laser que nous voyons partir du temple du temps pour rejoindre la tour du temps.

Cette salle est nommée la salle du cristal, elle est située dans la tour du temps et non sous le temple.

Mais que représente donc, ce cristal et pourquoi les Vito le vénère ?

Ce cristal est une entité à part entière. En effet, il possède sa propre conscience et parfois ses propres representations… Connaissez-vous et avez-vous déjà vu Quantum ? Et bien… Il existe ! C’est une manifestation du cristal.

Cependant ce ne sont pas les seules manifestations que le cristal fait. Par exemple les privilèges que les Vito possèdent que nous pourrions comparer à de la magie, est une manifestation de leur connexion avec le cristal.

Et les anomalies aussi… Mais cela est cause de la distribution de temps faites par les dérivants il y a quelques temps. Cela a complètement bouleversé l’équilibre du temps. Nous pourrions dire que les anomalies sont finalement une simple manifestation du cristal afin de pouvoir se rééquilibrer.

Cependant, cela ne doit pas être pris à la légère !

Attention, les anomalies ne sont pas un jeu, elles sont dangereuses. Des conséquences futures peuvent être subies. Nous ne connaissons pas les anomalies.

Les Vito sont-ils les seuls a être connecté au cristal ?

Le cristal est une entité pure. Toutes personnes souhaitant s’introduire dans la salle du cristal risquera un compteur avec un joli zéro. N’oubliez pas cela, le cristal gère le temps.

Cependant si nous revenons à notre question principale, nous avons appris que les Ti’Temps eux aussi étaient lié au cristal. Ils l’ont appris grâce à Quantum.

Comme quoi, il se pourrait que certain groupes criminels soient purs…

Par Bernard Macduff, Manager et Matteo Santoni, Stagiaire

Impossible de savoir si tout est vrai. Le journal reprend la version des Vito. L’histoire de Quantum, c’est la première fois que je l’entends racontée comme un fait. Peut-être qu’il y a du vrai, peut-être que c’est juste pour impressionner ou détourner l’attention des anomalies…

On a vu les flics partir en direction de Stab City, le camp des Lost, avec un tractopelle et un fourgon anti-émeute. Je ne sais pas ce qu’ils sont allés faire là-bas.

La famille a fini par aller se coucher tôt. Moi, j’ai traîné devant le gouvernement. Il y avait un jeu bizarre, « un vagin presque parfait ». Garfield Morvane en a profité pour demander Asha Vito en mariage. Elle a dit oui.

13 février 2026

Matin : rencontre avec le CODE

Ce matin, le CODE m’a contacté. J’ai expliqué que la famille était absente, mais que ce serait bien de se rencontrer. Ils ont proposé une « prérencontre » avec moi seul. Je les ai emmenés dans la montagne, près d’un chemin avec une vue magnifique.

L’un d’eux disait « pisser du café ». D’après eux, ce n’est pas une expression : son corps a vraiment été modifié. Ambiance étrange, mais ils avaient l’air sincères.

Je leur ai dit qu’on était du même côté, celui de ceux qui veulent la fin du chrono. J’ai évoqué les « amis communs » qui nous avaient parlé d’un appareil pour repérer les notes. Ils ont confirmé : ils ont ça, mais c’est difficile à fabriquer, donc ils le vendent pour 4h ou un échange équitable, à nous de proposer. L’appareil, le télétexte, est capricieux : il donne le point exact si on en a un à moins de 500 mètres, mais il se casse aussitôt (surcharge de batterie, usage unique).

J’ai tenté d’expliquer la théorie de Hank, mais comme je ne la maîtrise pas, on en reparlera avec lui la prochaine fois.

Messages des Dérivants et casino

En parallèle, les Dérivants ont envoyé un message sur le darkchat pour savoir si on avait vu la publication dans la presse. Je leur ai dit que ça me posait plus de questions que ça n’apportait de réponses. Ils ont répondu, ironiques, que les Vito priaient un caillou…

Ensuite, je suis passé au casino. En tournant la roue, j’ai surpris une conversation entre un scientifique de Synapse et la journaliste. Il lui aurait donné de la drogue « parce qu’il l’aime bien », étrange… Il avait aussi de la salade, qu’il m’a montrée en disant que c’était ça qu’il lui avait donné. Bref, la journaliste a reçu un appel : Asha et Pacha Vito auraient été enlevés par des Dérivants. Ils n’avaient pas l’air surpris ni empathiques, surtout la journaliste, qui m’a expliqué que les Vito la menaçaient de mettre son compteur à zéro parce qu’un de ses employés était entré dans leur temple et avait vu le cristal. Ils ne voulaient pas que ça s’ébruite, alors ils les ont enlevé pour leur dire ça. Le lendemain, ils ont appelé deux de ses employés pour venir voir le cristal, d’où l’article qu’on a vu. Leur cristal leur dirait tout, mais les scientifiques n’avaient pas l’air convaincus.

Anomalie électrique de 2032

Un des scientifiques a été prévenu qu’il y avait eu un coup d’orage, mais on n’a rien entendu à l’intérieur du casino. À peine sortis, une notification : l’anomalie était apparue en 2032.

Sur place, c’était une anomalie électrique, avec beaucoup de monde. J’ai réussi à entrer à l’intérieur : il faut bien gérer son timing avec les pulsations qui nous éjectent. Une fois l’anomalie atteinte, j’ai eu l’impression de voler dans le ciel, avec des nuages de toutes les couleurs, le vent de la chute, la peur de l’atterrissage… puis retour brutal sur l’anomalie, avec 312 minutes (5h12) de plus sur mon compteur. Avec les Rasta, on s’est demandé si on pouvait y retourner : j’ai essayé, mais la deuxième fois, impossible d’entrer, je me suis fait éjecter violemment. Donc non, une seule fois.

J’ai discuté un peu avec les scientifiques de Synapse, contents qu’on s’intéresse à leur travail. Je leur ai expliqué que j’avais remarqué que les anomalies électriques duraient toujours 30 minutes. Ils ont eu un appel et ont dû partir, mais m’ont demandé de prévenir quand l’anomalie s’arrêterait. Il n’y avait plus personne, j’ai attendu, et elle s’est bien arrêtée 30 minutes après son apparition.

Pendant que tout le monde était là, on a vu l’hélico des Morvane arriver, ils se sont approchés de l’anomalie et ont été éjectés, crash de l’appareil. Je ne sais pas s’ils ont survécu.

Soir : Hen House, Birdy et labyrinthe

Ensuite, annonce d’un showcase au Hen House à Paleto. En y allant, j’ai vu le CODE, les Écorchés et Synapse sur le toit d’un bâtiment. Je me suis garé plus loin, j’ai vu les Écorchés partir, puis je me suis approché discrètement. J’ai entendu : « il faudrait condamner la zone d’entrée ».

Au Hen House, c’était Bernard et Céleste, les journalistes, qui présentaient des clips. Rien de très marquant. J’ai dit aux Dérivants que j’étais un peu perdu, que je ne savais plus quoi penser. Ils m’ont répondu, bien plus tard : « approche-toi des Leftovers ».

Les FDJ ont proposé un jeu, un « loup-garou » modifié. Beaucoup de monde, c’était long, il s’est fait tard, je suis parti.

Sur Birdy, les Dérivants disaient qu’ils essayaient d’être pacifistes, mais que ça allait changer, qu’ils ne mettraient plus l’un des leurs en gouverneur.

Sur la route, je suis retourné au bâtiment où j’avais vu tout ce monde. Je suis monté sur le toit, puis une porte m’a transporté dans une sorte de labyrinthe, avec plein de murs. À l’intérieur, une porte éclairée, étrange, avec des photos. En longeant les murs, on est transporté dans une autre pièce, vide. Encore en longeant les murs, j’ai été transporté dans les escaliers d’un bâtiment en chronozone, très proche de la frontière. J’ai perdu 20 minutes.

Intérieur Labyrinthe

15 février 2026

Document de synapse

Synapse vient de sortir un document sur le « Univers discret & Modèle du condensat chrononique ». Voilà ce que j’en retiens :

Ils pensent que le temps n’est pas continu, mais fait de petites unités, les chronons. Les capsules seraient des micro-condensats : on n’y gagne pas du temps, on réintègre des unités pré-condensées. Les anomalies, les téléportations, les espaces liminaires, tout ça serait lié à des turbulences ou des sauts dans ce champ.

Le cristal serait un état où le temps s’arrête, pas un simple objet. Le compteur, lui, mesurerait notre alignement à ce flux global, pas notre durée biologique.

Leur modèle est cohérent, mais il reste théorique : personne n’a jamais isolé un chronon, ni reproduit une anomalie en labo. Si c’est vrai, alors le temps peut être stocké, redistribué, et toute perturbation majeure pourrait dérégler la réalité.

Impossible de savoir si c’est la vérité ou juste une explication élégante. Mais ça donne une nouvelle façon de lire ce qu’on vit.

Questions à poser à Synapse

Après avoir lu leur document, il y a plusieurs questions qui me restent en tête, que je voudrais poser directement à Synapse :

Je garde ces questions sous le coude, en espérant pouvoir en discuter avec eux prochainement.

Ralentissement du temps et apesanteur

Encore un ralentissement du temps aujourd’hui, avec cette sensation d’apesanteur, comme les autres fois après le premier jeu des FDJ et le casino. Cette fois, apparemment, pas d’anomalie ensuite.

Sur le toit des backrooms

En haut du toit qui mène dans le labyrinthe (“les backrooms”), il y avait les Vito, l’Ordre et les Ti’Temps. J’ai entendu dire que quelqu’un aurait forcé des Ti’Temps à y aller, donc ils auraient donné l’info de l’endroit aux Vito. À côté, il y avait la cérémonie sur “Rectoum” : ils se fichaient que les Vito et l’Ordre soient là-haut, ils étaient focalisés sur leur événement. Le LSSD a débarqué et a embarqué les Clodos : ce serait eux qui auraient forcé les Ti’Temps à aller dans les backrooms. On m’a aussi dit que les Ti’Temps seraient très armés, avec des armes de guerre.

Quand je suis repassé devant les Vito, l’Ordre et Synapse devant le bâtiment, j’ai entendu parler de Palmer Station et de Harmony, quelque chose serait “en hauteur”.

Chasse à l’homme et fausse Sacheuse

Ensuite, un message sur la radio, de la FDJ : une chasse à l’homme est organisée, il faut ramener deux Lost vivants, recherchés. Plusieurs affiches placardées en ville.

Notification du journal : la Sacheuse doit parler, sur écran géant. Quand je suis arrivé, il n’y avait que les FDJ et les Ti’Temps. Le CODE est arrivé à la dernière minute, ils ont dit que ce n’était pas eux qui avaient prévenu le journal, qu’ils étaient étonnés. Finalement, le message qu’on a vu était un fake, monté par les Ti’Temps, c’était clair. Ils se sont moqués du CODE. Alors, “le Sacheur”, ce ne serait pas aussi les Ti’Temps ?

16 février 2026

Dérivants démasqués, nouvelles alliances et révélations

Aujourd’hui, les Dérivants sont passés à la maison, démasqués cette fois. L’ambiance était franche : ils n’avaient plus rien à cacher, et la situation semblait critique pour eux. On a parlé à cœur ouvert, sans masque, de tout ce qui s’est passé ces derniers jours.

Ils nous ont annoncé une avancée : à partir de jeudi soir, on pourra accéder aux tunnels du métro et aux égouts en chronozone sans que notre compteur soit impacté. Il faudra un dispositif spécial qu’ils fourniront. Ça ouvre des possibilités : planque, exploration, accès au sud, où tout semble déserté… sauf quelques postes de police, usines et archives. Les accès sont risqués, mais les archives ont déjà été attaquées, et certains employés des Vito peuvent circuler en chronozone sans souci.

Ensuite, ils nous ont proposé un deal : une incursion rapide dans la gare de triage de Mission R, en limite de chronozone. On aurait 7 minutes pour fouiller et récupérer tout ce qu’on peut, sauf le matériel scientifique ou inconnu, qu’ils gardent. Le reste (armes, munitions…) est pour nous. On a accepté. Après un rapide briefing, ils nous ont emmenés sur place avec les capsules nécessaires. On a pu récupérer quelques armes, munitions, et des capsules de temps… mais mauvaise surprise : ces capsules étaient négatives, elles nous retiraient du temps au lieu de nous en donner. Les Morvane fabriqueraient ce genre de capsules à partir de capsules classiques, mais le procédé reste flou.

On a aussi évoqué le fameux « caillou qui vole » : pour les Vito, ce caillou serait littéralement le temps incarné, et c’est lui qui aurait guidé la main de Vito-Santori lors de la création du serveur. Les Dérivants voient les Vito comme des fanatiques, mais reconnaissent qu’il y a un fond de vrai : nos compteurs sont bien réels, et les sanctions tombent. Récemment, un Leftover s’est vu retirer deux jours pour avoir attaqué un convoi de temps. Les Écorchés ont du stock, mais les robinets de temps sont rationnés : on peut se fournir chez eux, ou revenir vers les Dérivants en cas de besoin.

On a reparlé du document de Synapse : tout le monde s’accorde à dire que c’est très théorique, plein de conditionnels, et que personne n’a encore isolé de « chronon ». Les capsules stockeraient ces particules, mais rien n’est prouvé. Les Morvane, eux, semblent avoir mis la main sur un procédé pour fabriquer des capsules négatives, ce qui inquiète tout le monde.

Le soir, on a rejoint la réunion des Dérivants, cette fois avec tous les groupes : Leftovers, Écorchés, Meute, Taupes, Rastas. Chacun s’est présenté, certains se connaissaient déjà, d’autres non. Les Dérivants ont expliqué pourquoi ils étaient désormais à visage découvert : ils ont été livrés comme du bétail par les Morvane aux Vito, et n’ont plus rien à perdre.

On a reparlé du génocide du sud, du rôle des Vito, du serveur temps, du caillou, et de la fracture. L’idée circule qu’il faudra agir de façon plus subtile, éviter l’affrontement frontal, et miser sur l’opinion publique. Ginette a témoigné : elle s’est fait retirer deux jours par les Vito, preuve que le temps est bien une arme. Les capsules négatives des Morvane sont aussi une menace : il faudra trouver comment couper ce robinet.

La réunion a été interrompue par une communication prioritaire de la maison Vito : toute aide aux Dérivants sera désormais considérée comme un crime, et toute dénonciation sera récompensée. L’ambiance s’est tendue, mais la détermination est restée intacte. On a évoqué la nécessité de préparer un plan d’action commun, de mutualiser les informations, et de rester vigilants face aux infiltrations et aux traîtres.

Après la dispersion, on a récupéré le matériel promis, puis on s’est retrouvés au Yellow Jack. Là-bas, presque que des Dérivants : on a discuté de l’idée de Hank pour les antennes, qui fait l’unanimité. Il faudra attendre la fin de la semaine pour avoir le C4 et lancer l’action.

Je sens que la tension monte, mais aussi que les lignes bougent. Pour la première fois, tous les groupes se parlent à visage découvert. Reste à voir si on saura en faire quelque chose…

17 février 2026

Chronozone et capsules perdues

Hank a envoyé Abby, Jo et Tala dans la chronozone où nous étions hier. Ils ont pu ramasser quelques armes et munitions, mais Jo a failli mélanger les capsules de temps trouvées là-bas avec les autres. Finalement, il les a complètement perdues : neuf capsules envolées. J’ai vu la tête de Hank quand il l’a appris…

Hank a aussi vu les Écorchés. Ils proposent d’échanger une journée contre des perceuses, thermites et d’autres objets utiles qu’on peut trouver. Rien n’est gratuit, mais au moins, ils annoncent la couleur.

Morvane aux enchères

Les Dérivants ont frappé fort : ils ont capturé les Morvane (Garfield, Ursula et Joseph le majordome) et lancé une mise aux enchères publique. Il y avait du monde : les clodos étaient là, prêts à se battre pour Garfield. Lui, il soudoyait pour être libéré. Un certain Bernard du TTT a remporté l’enchère pour 1 000 010 $, ce qui a mis les clodos en rage. Ursula est partie pour 72 000 $, achetée par Ginette.

Garfield, « le gouvernail », a été libéré très vite. Il a convoqué le peuple (hors Dérivants) au gouvernement, puis demandé aux Horlogés, FDJ et Ti’Temps de le suivre à part. Il a remercié les « big foutre » (le TTT) de l’avoir sauvé du « marché noir », annoncé qu’il arrêtait le gouvernement, que des élections sont prévues bientôt, et qu’en attendant, c’est Asha Vito qui tiendra les rênes. Il a demandé de ne pas se ranger du côté des Dérivants, affirmé qu’ils avaient attaqué le Temps et ses alliés, et qu’il rentrait en Transylvanie. Il a appelé à traquer les Dérivants. Les Vito ont confirmé que les élections seraient « bientôt », qu’ils allaient s’organiser. Ils condamnent les Écorchés, accusés d’oser tirer à vue sur leur famille.

Révélations Synapse

Synapse était là. J’ai pu leur poser quelques questions :

Ils m’ont ensuite donné le numéro de leur Directeur, “Jonas K” en me disant qu’il serais plus compétent pour répondre aux questions sur la physique.

Yellow Jack

Au Yellow, Ginette m’a raconté qu’un serviteur Morvane leur aurait expliqué « grosso modo » comment ils fabriquent leurs capsules négatives, et qu’il y aurait « une montagne d’explosifs » sous leur manoir. Ils sont partis, plus de nouvelles. Elle a aussi parlé d’« anisochronie » : les gens qui voyaient la tour avant la Fracture.

Le CODE est passé au Yellow, distribuant des invitations sous forme d’énigme aux Leftovers. Il y aura de la donnée à manger.

Plus tard, sur le darkchat, une « invitation du CODE pour vendredi » : le lien est mort, ils disent de se rapprocher d’eux.

19 Février 2026

Le Joyau de Kito Vito

En début de soirée, on a poussé un peu trop loin notre curiosité.

On est montés sur un yacht amarré au nord, sans autorisation bien sûr. Le navire s’appelle Le Joyau. Fondation Vito, propriété Kito Vito, port d’attache Tel-Aviv. Le genre de bateau qui flotte sur un autre monde que le nôtre.

À bord, pas de caisse de capsules ni de documents explosifs. Juste un journal de bord soigneusement rangé. L’entrée du 1er mai 2022 raconte une traversée « longue mais maîtrisée » depuis Tel-Aviv jusqu’au mouillage au nord de Paleto, mer calme, procédures respectées, aucune cargaison commerciale, passagers et équipements « relevant des activités privées et institutionnelles de la Fondation Vito ». L’équipage reste en alerte « standard ».

Sur le papier, c’est plat, propre, maîtrisé. Justement ce qui me met mal à l’aise : un bateau pareil n’est pas là par hasard, et ils ne remontent pas jusqu’ici juste pour prendre l’air. Tout est écrit comme si rien n’avait d’importance, alors que tout l’est.

JOURNAL DE BORD - LE JOYAU JOURNAL DE BORD - LE JOYAU

JOURNAL DE BORD

ENTRÉE DU 01/05/2022

Navire : Le Joyau
Type : Yatch de grande plaisance - Navigation Internationale
Armateur: Fondation Vito
Propriétaire : Kito Vito
Port d’attache: Tel-Aviv
Position actuelle : Mouillage au nord de Paleto

Après une traversée longue mais maîtrisée depuis Tel-Aviv, Le Joyau a atteint sa zone de destination sans incident technique ni événement notable à signaler. Les systèmes de navigation, de propulsion et de stabilisation ont fonctionné dans des paramètres normaux tout au long du trajet.

L’approche des côtes de Paleto s’est déroulée dans de bonnes conditions. À 10h24, le yacht a procédé à son mouillage au nord de Paleto, par fonds réguliers. Mer calme, vent faible, visibilité dégagée. Les manoeuvres ont été exécutées conformément aux procédures internes, sous la coordination >du capitaine et des officiers de quart.

Aucune cargaison commerciale à bord. Le navire est armé par la Fondation Vito et placé sous l’autorité et la propriété de Kito Vito. Les passagers et équipements présents relèvent exclusivement des activités privées et institutionnelles de la Fondation.

L’équipage reste en alerte opérationnelle standard. Surveillance de mouillage maintenue.
Entrée rédigée et validée par l’équipage de Le Joyau.

Antennes et préparatifs

Après le bateau, on est allés repérer les antennes dont Hank parle depuis un moment. Trois points qui dessinent un triangle autour du Temple. On a pris des notes, des angles, des accès possibles. L’idée de Hank est toujours là en toile de fond : faire tomber ces antennes, voir si ça fait quelque chose au faisceau, au Cristal, au serveur temps… ou à nous.

Plus j’entends parler de tout ce qui se prépare en parallèle (villa, bunker, égouts, antennes), plus j’ai l’impression qu’on empile les allumettes autour d’un même baril.

Leftovers, Écorchés : même cible, pas les mêmes raisons

Ensuite, les choses se sont accélérées.

Les Leftovers nous ont contactés les premiers. Ils voulaient qu’on vienne en petit comité : Abby, Mia et moi sommes partis les voir, pendant que Hank, Tala et Jo allaient de leur côté parler aux Écorchés.

Chez les Leftovers, le message était clair :

Le plan esquissé par Blake est froid :

Ensuite nous avons rejoint Tala et Jo auprès des Écorchés. Même cible, même logique : des documents, potentiellement de l’armement, « beaucoup de temps » à récupérer. Ils ont donné la position de la villa et insisté sur le fait que le groupe qui mettra le pied dedans paiera le prix.

Quand on s’est retrouvés, on avait deux demandes identiques, pour la même opération, sur la même villa.

Capsules, dettes et temps emprunté

Au milieu de tout ça, j’ai vu mon compteur frôler un seuil qui commence à faire mal.

Ginette m’a donné une capsule de 2 h parce qu’il ne me restait que 5 h. Plus tard, Mia m’a offert une journée complète. Résultat : je ne suis plus au bord du gouffre.

Je me suis dit que ces 2 h de Ginette, quelqu’un d’autre en a peut‑être plus besoin que moi maintenant. Je n’aime pas l’idée de m’asseoir sur une capsule « de secours » alors que d’autres sont vraiment à sec. Je verrai comment les lui rendre ou les remettre dans le circuit sans créer de malaise, mais je n’ai pas envie de m’habituer à recevoir du temps comme on reçoit un pourboire.

Yellow Jack : Blake brûlé au Temple

Tout le monde est rentré dormir. Moi, je suis allé au Yellow.

Là‑bas, l’ambiance était lourde. Ginette nous a appris que Blake s’était fait prendre sur un convoi par les Vito.

Ils l’ont emmené au Temple, jugé, puis brûlé. Il était à l’hôpital au moment où on en parlait, vivant, mais marqué. Les Vito l’ont traité de « voleur de temps », de tricheur, de moins que rien. Ils disent que leurs jugements doivent être publics, mais ce qui lui est arrivé ne l’a pas été. Encore une fois, leurs règles ne tiennent que lorsqu’elles les arrangent.

Ginette a aussi parlé de ses 2 jours perdus. D’après ce qu’elle rapporte, la Matriarche aurait reconnu que Pasha Vito n’avait pas le droit de lui retirer ces jours‑là, et qu’il s’est fait remonter les bretelles. Sauf qu’en attendant, les 2 jours ne sont jamais revenus. Le temps sert d’arme, d’exemple, et même quand ils admettent l’« erreur », la sanction reste.

Cristal, serveur temps et menace de fin du monde

Blake nous a raconté aussi ce que Kito Vito lui a expliqué sur le serveur temps et le cristal.

Version Vito, telle que je l’ai entendue :

Ils n’ont aucune preuve de ça. C’est leur foi contre la nôtre, comme toujours. Quand Blake leur demande s’ils ont des données, ils répondent non. Ils vivent au conditionnel, mais ils nous enferment dans leurs hypothèses.

Kito lui a aussi parlé d’une vision qu’il aurait eue il y a des années, quand il a douté de la « bienveillance du temps ». La marque qu’il porte au visage viendrait de ce doute‑là. Même chez eux, il existe une fissure. Ça ne les empêche pas d’utiliser le temps comme une matraque, mais ça montre au moins qu’ils ne sont pas aussi sûrs d’eux qu’ils le prétendent.

Enfin, il a martelé que toucher à la villa aurait des conséquences terribles pour ceux qui y entreront. Dit comme ça, difficile de savoir s’il avertit ou s’il menace.

Vito, libre arbitre et mensonges croisés

Blake était à bout, physiquement et nerveusement. Il a lâché un truc qui me parle : ce qu’il a vu au Temple, ce n’est pas « le temps » qui le juge, c’est des humains. C’est un homme, Kito Vito, qui lui fait du mal. Pas une voix venue d’ailleurs.

Les Vito aiment se cacher derrière le temps pour justifier tout ce qu’ils décident : retirer des jours, brûler des gens, distribuer des capsules. Mais on n’entend jamais le temps lui‑même dire « oui, il est coupable, fais ceci ». On entend juste Kito, la Matriarche. Le reste, c’est de la liturgie.

Blake a aussi pointé un truc que j’avais déjà entendu ailleurs : Amani Vito aurait menti, ou au moins raconté une version arrangée, sur qui a le droit de retirer du temps. Tantôt ils disent que seul le temps décide, tantôt que seule la Matriarche et Kito peuvent enlever des jours, puis on voit Pasha le faire, puis on apprend qu’il « n’avait pas le droit ». À force de tordre les règles, même eux s’y perdent.

Morvane, mandragore et temps qui pousse

On a beaucoup parlé des Morvane aussi.

Blake et Ginette ont raconté qu’ils avaient mis la main sur un serviteur Morvane, et sur un document qui décrit comment fabriquer des capsules négatives. D’après ce qu’ils disent :

Il manque une partie du document : la seconde moitié n’a jamais été remise. Le serviteur devait revenir au camp pour la donner, il n’est jamais revenu. On ne sait pas si c’est parce qu’il a été repris, éliminé, ou s’il a changé d’avis.

La question qui flotte derrière tout ça, c’est : est‑ce que les Morvane avaient (ou ont encore) leur propre stock de temps, fabriqué dans leur coin, à l’abri des Vito ? Et si oui, est‑ce que ça a un lien avec les Titans et leurs capsules, qui semblent très proches de celles des Vito ?

Je n’ai pas de réponse. Juste une impression : chacun essaie de cultiver son carré de temps, comme on ferait pousser une drogue rare, et plus personne ne sait où commence la racine et où finit le poison.

Cristaux, chronons et éclats dangereux

J’ai parlé de ce que Synapse m’a dit.

Ils auraient pu analyser un éclat de cristal. Cet éclat ne serait pas fait d’atomes classiques, mais de quelque chose qui ressemble à un condensat de chronons extrêmement dense. Avec un seul éclat, on pourrait fabriquer beaucoup de capsules, parce que la concentration en « temps » y serait sans commune mesure avec celle du liquide de nos capsules.

Autre détail : ces éclats, pressés, permettraient de figer le temps autour de celui qui l’utilise. Tout le monde se retrouve en pause, sauf lui. Vu de l’extérieur, ça ressemble à une téléportation. Sauf que si c’est un néophyte qui l’emploie, il se retrouve propulsé aléatoirement quelque part sur l’île, parfois même en chronozone.

On en revient toujours au même point : tout ce qui touche au cristal mélange la physique, la foi et la roulette russe.

Égouts, Grand Boom et voix dans les têtes

Les Taupes et le C.O.D.E. ont aussi raconté leur expédition dans les égouts, là où se trouvait l’ancien camp des Taupes.

Ils disent avoir retrouvé leurs affaires, leurs installations… et surtout un cœur qui se remet à battre : ce qu’ils appellent le Grand Boom (ou le « cœur du monde »). Au moment où ce cœur s’est remis à battre, il y aurait eu une secousse ressentie par plusieurs groupes, et tout le monde présent dans les égouts l’aurait entendu.

Plus ils descendaient, plus des voix se sont mises à parler dans leurs têtes. Pas une voix unique : des timbres différents, masculins, féminins. Chaque personne aurait entendu quelque chose de très personnel, qui allait appuyer là où ça fait mal : peurs anciennes, souvenirs de la Déferlante d’il y a trente ans, menaces à peine voilées.

On leur aurait dit :

Tout pour les faire fuir, se diviser, douter d’eux‑mêmes et des autres. Ils ont tenu bon, sont restés soudés, et ont réussi à ressortir vivants en accomplissant ce qu’ils étaient venus faire.

Eux pensent que c’est le cristal qui s’est manifesté, une sorte de système de défense, peut‑être via le serveur temps qui aurait accès à nos données, à notre ADN, à nos dossiers dans la Tour. D’autres pensent que ça pourrait être un effet de la chronozone ou même des gaz dans les tunnels. Impossible de trancher d’ici.

Ce que je retiens, c’est que quelque chose là‑dessous sait trop de choses sur nous pour que ce soit juste du hasard.

Baïsélium, brouillage et « VPN du sud »

Le C.O.D.E. a présenté un autre outil : un élément qui s’appelle le Baïsélium, un « chrono‑altérant » qui réagit à l’électricité.

En le plaçant près d’un compteur, ou en lui donnant de l’énergie pour créer une grande zone, ils peuvent brouiller les chronos :

Problème : si on disparaît d’un coup des radars, les Vito peuvent remarquer qu’un paquet de compteurs vient de s’éteindre d’un point précis. Pour éviter ça, les Dérivants auraient développé un appareil appelé « Sud VPN » : un dispositif qui fait croire au serveur temps qu’on est ailleurs, dans une zone neutre, pendant qu’on est en réalité en chronozone.

Concrètement, ils ont déjà réussi à passer près de deux heures en chronozone dans les tunnels, sans voir leurs compteurs chuter comme ils l’auraient dû. Le serveur temps croyait qu’ils étaient restés « au sec ».

Deux conclusions qui font mal :

Anomalies, backrooms et nouvelles portes

On a aussi eu des retours sur de nouvelles entrées un peu partout sur l’île.

Les anciennes portes ou « nanofailles » ne sont plus là, il y en a des nouvelles. Il y en a une au Kortz Center : personne n’a encore été envoyé en chronozone en la prenant, ils atterrissent d’abord dans de nouvelles backrooms puis ont tous atterri dans de l’eau (piscines ou la mer).

Personne ne sait encore si ces nouvelles portes sont liées au Cristal qui se « rééquilibre », au serveur temps, ou à autre chose qui nous dépasse.

Ce que je retiens ce soir

Ce soir, j’ai l’impression d’être au milieu d’un nœud où tout se croise :

Moi, je vois surtout une chose : si on accepte la villa, on devient les éclaireurs qu’on envoie devant pour voir si la mine explose. Les conséquences sont annoncées avant même le début du plan. Et pendant ce temps‑là, Hank veut faire péter des antennes autour du Temple.

Je ne sais pas encore ce qu’on va décider. J’ai envie de croire qu’on peut frapper sans se faire broyer. Mais je ne veux pas offrir la meute en sacrifice pour prouver que les théories des uns ou des autres étaient bonnes.

Demain, il faudra remettre tout ça à plat, en famille.

20 Février 2026

Enterrement de Nox et silence des antennes

En début de soirée, je suis allé chez les Leftovers, pour l’enterrement de Nox des Lost.

On leur a emmené le cercueil qu’ils nous avaient demandé. On a essayé de faire quelque chose de propre, à leur manière, pas d’apparat officiel mais du respect.

J’ai aidé Blake à transporter le corps de Nox depuis une baignoire remplie de glaçons jusqu’au cercueil. C’était lourd, froid, et surtout, c’était réel. Voir quelqu’un de connu, allongé comme ça, c’est autre chose que d’entendre parler de morts à la radio.

Pendant qu’on portait, les autres préparaient la mission de Hank.

Au moment de la cérémonie, ils ont fait sauter les antennes dont on parlait depuis des jours, et récupéré les boîtiers Synapse qui étaient dessus. Résultat : coupure de courant et de réseau téléphonique pendant une dizaine de minutes.

Abby aurait eu un « phénomène météorologique localisé » dans son coin, mais à part ça, aucune conséquence visible. Pas de lumière qui change, pas de lasers qui se détraquent, pas de Cristal qui explose. Juste le noir et le silence numérique.

Tempo, le temps qu’il refuse et le gouvernement

Pendant l’enterrement, il y avait Tempo. Ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu. Avec Ginette et « le monsieur au whisky », on commençait à vraiment s’inquiéter pour lui.

Il était encore à court de temps, comme souvent, mais il a refusé les capsules qu’on lui proposait. Il m’a juste lâché :

« Je vais demander aux Vito. »

Ensuite, il est parti s’inscrire pour se présenter au gouvernement. Je ne sais pas ce qu’il espère trouver là‑dedans, ni ce qu’il pense vraiment de tout ce qui se passe. J’ai l’impression qu’il préfère jouer à l’intérieur de la machine plutôt que dehors, même si la machine est truquée.

LAN privée du C.O.D.E. : contrôle du signal

Plus tard dans la soirée, j’ai récupéré Mia à la maison. On est partis tous les deux à la LAN privée du C.O.D.E. dans leur bunker.

Devant l’entrée, il y avait une voiture du Time To Tell. Les journalistes se sont fait refuser l’entrée. Ils avaient manifestement reçu des infos sur la soirée, alors qu’ils n’étaient pas invités.

Le C.O.D.E. a tout de suite tiqué : pour eux, ça veut dire que quelqu’un a fait fuiter le darkchat d’invitation (ou le mot de passe), ou qu’ils avaient gardé le tout premier canal où traînait une invitation. Ils suspectent que Céleste, affiliée Dérivants, a pu relayer sans mauvaise intention, via le darkchat du Yellow.

Une fois à l’intérieur, ils ont refermé la porte avec leurs verrous pneumatiques, téléphones posés à l’entrée, ambiance bunker.

Ils ont commencé par un cantique d’ouverture, à partir de leur « code quantique » : même structure que la synchronisation publique, mais en plus intime. Respiration synchronisée, phrases à répéter, rappel que le compteur n’est pas une prière mais un signal, et qu’on est un réseau plutôt qu’une somme d’individus.

Puis la Sacheuse a parlé.

Son message ce soir‑là, résumé avec mes mots :

Elle martèle que le C.O.D.E. n’est « pas une faction », mais une base de données évolutive, dont la force est la cohérence, pas l’attaque. Elle demande à tous d’envoyer leurs archives (enregistrements, documents, captures, incohérences) à leurs drones, non pas pour nourrir une colère mais une analyse. Leur but : trier le fait du récit, le phénomène de son interprétation, et tester les « vérités » imposées.

La phrase qui reste : « Ne laissez personne vous dire que questionner est une trahison. »

Ensuite, Triple X a présenté ce qu’ils appellent l’expédition 42 :

Ils annoncent aussi qu’ils iront eux‑mêmes baliser les zones mortes (sauvages, peu susceptibles de contenir des documents ou des caps), pour que nous, on puisse se concentrer sur les zones « riches ».

À la fin, ils font un cantique de clôture : même logique que la dernière fois, avec l’idée qu’on repart « éveillés », qu’il ne faut pas croire mais vérifier, et que le système compte sur notre fatigue et notre silence.

Après la cérémonie, ils ont rappelé que chacun peut leur confier des documents : écrits, numériques, reliques. Ils viendront même les chercher si besoin. On leur a dit qu’on avait déjà beaucoup de choses à partager, mais qu’il fallait que Ginette arrive à tout recenser dans son document avant.

On leur a aussi rapporté un témoignage qui les intéresse particulièrement :

Le C.O.D.E. veut recouper ça avec d’autres sources avant d’en faire une pièce solide, mais ça conforte leur idée que leur « divinité » est surtout une construction politique.

Enfin, ils ont commencé à organiser la répartition des zones pour les télétextes, avec l’idée de quadriller l’île et éviter qu’on se marche dessus. On a prévenu qu’on avait une réserve de notes et de documents à leur transmettre plus tard.

Appel de Synapse : sciure noire et boîtiers volés

En rentrant de la LAN, le Professeur Becker de Synapse m’a appelé.

Il m’a demandé si on n’avait pas vu quelqu’un passer à la scierie, et si certains d’entre nous chaussaient du 37, 40 ou 42. Ils ont trouvé des traces de pas et de la sciure de bois noir près des antennes où ils avaient installé des boîtiers capteurs, qui ont disparu.

Je lui ai dit que je n’avais rien vu de particulier, et que oui, on est assez nombreux pour que ces pointures correspondent à plusieurs d’entre nous.

Je lui ai demandé si les antennes étaient à eux : il a répondu que non, les antennes ne leur appartenaient pas, mais que les boîtiers oui.

À quoi ça servait, ces boîtiers ?

Selon lui, ils servent à capter différents phénomènes atmosphériques sur l’île : météo, radioactivité, et d’autres paramètres. Ils s’en servaient comme d’un réseau de capteurs pour surveiller l’environnement, pas pour piloter quoi que ce soit.

La disparition des boîtiers les embête vraiment : ils voudraient les remettre en place dès que les antennes seront reconstruites.

Je n’ai pas menti sur ce que je savais. Je me suis juste contenté de ne rien dire.

On a fait sauter des antennes sans savoir exactement ce qu’elles filtraient. On vient de priver Synapse d’une partie de sa vue sur le ciel, pour un plan dont on ne connaît pas encore les effets.

Dimanche, il faudra aussi mettre ça sur la table.

23 Février 2026

Soirée d’orage et d’anomalies en série

Ce soir, l’orage n’était pas juste un décor sonore.

Vers 21h30, il y a eu un premier coup de tonnerre, et avec lui une nouvelle anomalie. Jusque‑là, on avait l’habitude d’un éclair, une anomalie, puis plus rien pendant un moment. Là, c’était différent.

Pendant que la soirée avançait, d’autres coups de tonnerre ont suivi, et surtout plusieurs anomalies ont été repérées, parfois d’affilée, parfois plusieurs sur un seul coup d’orage. Première fois que je vois (ou que j’entends raconter) une soirée avec ce genre de bouquet.

Près de Fuente Blanca, une anomalie électrique est apparue. Ceux qui y sont allés m’ont dit qu’elle ne faisait ni gagner ni perdre de temps : pas de minutes en plus, pas de minutes arrachées, juste le phénomène brut.

À Sandy Shores, une autre anomalie est sortie, je ne sais pas de quel type exactement. Ce que je sais, c’est qu’elle faisait perdre du temps. Pas de redistribution visible comme la dernière fois dans le désert : juste des compteurs qui descendent.

Vers 23h30, j’ai ressenti un ralentissement du temps accompagné d’une perte de gravité. Le même genre de sensation que lors des autres ralentissements : corps plus léger, mouvements décalés, comme si quelqu’un jouait avec la vitesse de lecture. Sauf que cette fois, je n’ai pas repéré d’anomalie associée. Soit elle était ailleurs, soit c’était un effet plus large, sans porte visible.

Rendez-vous avec le C.O.D.E. : télétexts et carte commune

Au milieu de tout ça, on avait rendez‑vous avec le C.O.D.E.

On a enfin pu leur remettre des documents : tout ce qu’on avait accumulé et qui pouvait nourrir leur base de données. En échange – ou plutôt en parallèle – ils nous ont proposé d’acheter des télétexts supplémentaires. Le prix est clair : 5 000 $ la pièce. Pas de temps demandé cette fois, uniquement de l’argent.

Ils nous ont aussi présenté une carte qu’ils partagent avec les groupes. Chacun peut y pointer ce qu’il a trouvé (documents, lieux, anomalies…), de façon à ce que tout ne reste pas coincé dans un seul carnet ou dans un seul bunker. Une manière de croiser les regards sans pour autant tout livrer dans le vide.

En parcourant cette carte, j’ai pris le temps de lire quelques documents que d’autres avaient déjà découverts.

Pampa Soyeuse : les Vito comme gardiens de l’équilibre

Dans un campement de montagne, un texte est rattaché à une tribu dont je n’avais jamais entendu parler directement : la Pampa Soyeuse.

C’est un extrait de chronique rédigé « un mois après la Fracture », par un Gardien des Traces. Ce qu’il en ressort, c’est une façon très particulière de regarder ce qu’on vit :

Le texte se termine sur des phrases simples, presque tranquilles : le vent n’aime pas les excès, le désert n’oublie pas les erreurs, et « le temps, désormais, a des mains ».

Ce que je retiens, c’est qu’il existe des gens qui regardent la même famille Vito que nous, mais à travers une autre lentille : non pas comme des usurpateurs, mais comme un mal nécessaire pour empêcher quelque chose de pire. Ça ne les absout de rien, mais ça complique encore le tableau.

EXTRAIT DES CHRONIQUES CONSERVÉES PAR LA TRIBU DES PAMPA SOYEUSE EXTRAIT DES CHRONIQUES CONSERVÉES PAR LA TRIBU DES PAMPA SOYEUSE

EXTRAIT DES CHRONIQUES CONSERVÉES PAR LA TRIBU DES PAMPA SOYEUSE

Rédigé par le Gardien des Traces, un mois après la Fracture

Cela fait un cycle de lune que la Fracture est apparue.

Là où beaucoup ont vu la peur et la colère, notre camp est resté silencieux. Nous avons observé. Nous avons attendu. Le Conseil s’est réuni, non pour chercher un coupable, mais pour comprendre ce que le monde tentait de nous dire.

Les signes étaient clairs pour ceux qui savaient encore les lire. Le Souffle n’a pas changé. Ce sont les hommes qui se sont éloignés de lui. Ils ont oublié la valeur d’une respiration, ils ont compté sans respecter, pris sans rendre, vécu comme si le temps leur appartenait.

Ce qui nous arrive n’est pas une punition tombée du ciel. C’est une réponse.

Un nom est revenu lors de nos veillées : les Vito. Non comme des conquérants, mais comme des gardiens imposés par l’équilibre. Là où les humains ont échoué à se limiter eux-mêmes, le monde a créé une main pour tenir la porte.

Quand l’humain n’a pas su se limiter,
le Souffle a créé des gardiens.

Nous ne les vénérons pas. Nous ne les craignons pas non plus. Nous reconnaissons leur rôle. Tant qu’ils tiennent le temps, le chaos recule. Tant que le chaos recule, les innocents respirent encore.

La Pampa Soyeuse n’a pas vocation à diriger ni å renverser. Notre place est d’observer, de transmettre, et de rappeler que l’équilibre n’est jamais confortable, mais toujours nécessaire.

Le vent n’aime pas les excès.
Le désert n’oublie pas les erreurs.
Et le temps, désormais, a des mains.

Life Invader : carnets d’Amani avant les compteurs

Un autre point de la carte renvoie au Life Invader.

À l’étage, il y a une entrée de journal signée Amani, datée du 15.10.1999. On est plusieurs années après la Fracture et l’apparition des compteurs.

Elle y décrit l’automne, les feuilles, l’hiver qui approche, mais surtout la compétition silencieuse pour devenir Matriarche. Elle écrit qu’elle ne se sent pas nerveuse, qu’Il l’a « toujours appelée à Lui », qu’Il lui a montré des choses que les autres ne sont pas prêts à entendre. Elle parle des regards qui changent autour d’elle, de son statut qui évolue, du temps qui « prend possession de [son] âme ».

Pour elle, ce n’est pas seulement une élection : c’est un alignement avec quelque chose de plus grand. Elle conclut en disant qu’elle va enfin « s’accomplir » et devenir le leader tant attendu des Vito, et que « bientôt Nous ne ferons qu’un, un Tout ».

AMANI - ENTRÉE DU 15.10.1999 AMANI - ENTRÉE DU 15.10.1999

AMANI - ENTRÉE DU 15.10.1999

DEBUT DE TRANSMISSION

ENTRÉE DU 15.10.1999 LOG ENTRY // JOURNAL

Nous sommes en 1999, je regarde les feuilles d’automne virevolter dans leurs plus belles parures orangées jaunes ou vêtues de rouge flamboyant. La douceur du vert tendre s’estompe et nous permet le voyage vers la plus belle et la plus saisissante des saisons : l’hiver. Là où règne le silence et la beauté éternelle, la perfection. C’est l’effervescence au sein de la Tour, l’Ordre est sur les dents plus qu’ils ne le sont à l’accoutumée et cela m’arrange.
Nous sommes plusieurs en lice pour devenir la Matriarche et étrangement, je ne me sens pas nerveuse, plutôt détendue même. D’aussi loin que je me souvienne, Il m’a toujours appelée à Lui, Il m’a montré tellement de choses dont je ne peux pas parler, du moins maintenant, car personne n’est encore prêt. Cela fait déjà plusieurs jours que je sens les regards posés sur moi changer, devenir plus attentifs, plus respectueux, des demi sourires plus ou moins affichés. Mon statut change, évolue, comme le temps qui m’habite, qui prend possession de mon âme pleinement. Je vais enfin m’accomplir et devenir le leader tant attendu des Vito, la seule capable de tenir ce rôle tant redouté. Nous sommes si infiniment petits, Il est si Grand, bientôt Nous ne ferons qu’un, un Tout.

FIN DE TRANSMISSION

À l’accueil, une autre entrée d’Amani est datée du 03.01.1995. Cette fois, elle raconte le jour où les compteurs de Temps deviennent opérationnels.

Elle regarde la neige tomber et parle de « promesse d’un avenir radieux ». Pour elle, l’humanité se trouve à « l’aube de son évolution la plus significative ». Elle reconnaît que les gens ont peur, comme des enfants qui apprennent à marcher, mais elle voit le Temps comme un enseignant – douloureux, certes, mais nécessaire.

Elle évoque les jumeaux, proches de leurs 20 ans, des corps d’adultes avec des “âmes de nouveau‑nés”, pendant qu’elle se présente comme celle qui voit le monde « dans sa globalité ». Elle ne se sent pas maternelle : sa tâche est ailleurs.

Son regard se tourne vers Lui : elle dit que son lien se renforce, qu’elle comprend mieux ce qu’Il attend d’elle, de sa lignée, de sa famille. La dernière phrase claque comme une menace voilée : « Quelle magnifique journée pour une avalanche, n’est‑ce pas ? ».

AMANI - ENTRÉE DU 03.01.1995 AMANI - ENTRÉE DU 03.01.1995

AMANI - ENTRÉE DU 03.01.1995

DEBUT DE TRANSMISSION

ENTRÉE DU 03.01.1995 LOG ENTRY // JOURNAL

Enfin… Il neige. Pour mon entourage c’est un jour mémorable, les compteurs de Temps sont enfin opérationnels et actifs. La promesse d’un avenir radieux commence à poindre comme une lueur dans un océan infini de brouillard. L’Humanité est à l’aube de son évolution la plus significative depuis si longtemps. Comme à chaque grand pas, ils ont peur de tomber, comme des enfants qui apprennent à marcher, se rendant compte que la chute est douloureuse. Mais l’apprentissage n’est-il pas douleur, frayeur, souffrance ? Le Temps est le meilleur enseignant de I’Humanité, même si la terreur de ce dernier qui passe, sans relâche, les glace, comme la neige que je regarde tomber, inlassablement, à travers ma fenêtre de chambre. Les jumeaux auront bientôt 20 ans. Des corps d’adultes contenant des âmes de nouveau-nés, naïfs, regardant le monde par morceaux alors que je le vois dans sa globalité. Je ne suis pas une bonne enseignante, je laisse cela à celles qui se sentent maternelles et investies de ce don dont je n’ai pas hérité. Ma tâche est ailleurs. Mon regard se pose sur Lui et je vois. Mon lien se renforce et je comprends plus nettement ce qu’il attend de moi, de ma lignée, de ma famille. Quelle magnifique journée pour une avalanche, n’est-ce pas ?

FIN DE TRANSMISSION

Ces deux textes racontent exactement l’inverse de ce qu’on vit : pour elle, les compteurs ne sont pas une camisole, mais une réponse logique au chaos humain. Et derrière les grandes phrases sur l’évolution, il y a toujours ce Lui sans nom, qu’elle traite comme une présence intime autant qu’un ordre supérieur.

Bunker des Dérivants : tenir quand même, mourir quand même

Pendant que certains couraient après les anomalies et que d’autres discutaient télétexts et archives, une autre nouvelle est tombée : le bunker des Dérivants où on avait déjà eu rendez‑vous a été visité par le LSSD et l’Ordre.

Ils étaient au courant de la venue des forces de l’ordre. Certains Dérivants ont choisi d’évacuer, mais d’autres ont décidé de rester pour défendre le bunker, malgré tout.

Ils sont tous morts.

Le bunker a explosé.

Je n’ai pas les détails minute par minute, juste ce constat : même quand on sait qu’on est repéré, il y en a toujours qui décident de tenir la ligne. Par loyauté, par fierté, par fatigue, je ne sais pas. On avait partagé des plans et des infos avec eux. Maintenant, une partie de ces voix ne répondra plus.

Entre les anomalies qui se multiplient, les cartes qui se remplissent de points, et les bunkers qui sautent, j’ai la sensation qu’on est passé dans une autre phase. Le temps continue de se compter en minutes sur nos bras, mais de plus en plus de choses se jouent entre les chiffres.

24 Février 2026

Jeu sur Thierry et chasse aux Vito

Les Dérivants ont lancé aujourd’hui une mission commune à tous les groupes : récupérer Thierry, le crâne qui parle, actuellement chez la FDJ.

La règle est simple et brutale :

Autrement dit, on met une prime énorme sur une tête déjà morte, et on regarde les vivants s’arracher le reste.

Leftovers : éléments, artefacts et plan parallèle

On avait aussi rendez‑vous avec les Leftovers.

Blake nous a expliqué qu’il avait vu Kito Vito et la Matriarche à la Fuente, invités là‑bas avec Ginette. Il dit qu’ils ont parlé longtemps et qu’ils essaient de lui « pisser dans le cerveau », mais qu’en écoutant, ils récupèrent des infos.

Ce qu’il nous rapporte ce soir :

Ils pensent que la version officielle – « les Dérivants ont tout cassé » – les arrange trop pour être prise au pied de la lettre.

À partir de là, Eris a une idée : profiter du chaos autour de Thierry pour mener un plan parallèle contre les Vito.

Leur proposition :

L’objectif : croiser les réponses, voir si les versions concordent ou si on les surprend en train de mentir / improviser. Pour eux, impossible d’obtenir ça par une simple discussion « à découvert » : ils ne croient pas qu’on puisse leur poser frontalement la question sans qu’ils se referment.

Ils nous ont proposé d’être ce deuxième groupe. Blake a été clair : s’ils ne trouvent personne, ils le feront eux‑mêmes. Et il a aussi été honnête sur le prix : il y aura des conséquences, comme chaque fois qu’on touche aux Vito, mais eux considèrent que le seuil est déjà franchi.

J’ai surtout entendu ça : « On n’a plus le temps de se demander si c’est le bon moment. » Et : « Si vous n’avez pas les couilles, il faut le dire, on demandera à quelqu’un d’autre. » C’est franc. Reste à savoir si c’est lucide.

Pampa Soyeuse et Tala

En repensant au texte de la Pampa Soyeuse lu hier, j’en ai parlé à Tala.

Je lui ai demandé si cette tribu lui disait quelque chose.

Elle m’a simplement répondu que c’était la sienne.

Ça met une autre couleur sur ce texte qui voit les Vito comme des gardiens imposés par l’équilibre, et sur ce qu’elle nous avait déjà confié à propos de la Racine et du prix payé par sa tribu.

Clodos : Paleto indépendant et jeudi sous tension

Un peu plus tard, j’ai croisé les clodos et je suis allé leur parler.

Ils préparent eux aussi quelque chose pour jeudi. Leur plan, expliqué avec leurs mots :

Ensuite, ils veulent monter sur l’autoroute pour faire un barrage routier avec des camions et des blindés. Ils m’ont demandé si on avait de gros véhicules : je leur ai dit que non, pas vraiment. Ils comptent utiliser les gros camions des Écorchés.

Ils prévoient aussi une annonce dans le journal pour déclarer « Paleto indépendant », avec un message clair : on ne répond plus au gouvernement du sud.

Je leur ai expliqué ce qu’on avait en tête pour jeudi du côté de la villa Vito. Ils ont répondu que ça ne posait pas vraiment de problème pour eux. Leur but principal, c’est d’attirer les Vito sur Paleto, de les faire venir pour négocier très longtemps avec eux.

Ils demandent de l’aide. Je leur ai dit qu’on était d’accord pour participer, mais qu’on devrait s’absenter un moment pour pouvoir faire la villa comme prévu.

Le début de leur opération est fixé à 21h30. Ils préfèrent qu’on soit là un peu avant, vers 21h.

On se retrouve donc avec, pour le même soir :

Je ne sais pas encore comment on va arriver à tout tenir sans exploser en vol. Mais je sens qu’à force d’empiler les plans sur le même créneau, on finit par ressembler à ce qu’on dit combattre : des gens qui jouent avec le feu en espérant que le baril ne prenne pas.

26 Février 2026

Paleto « indépendant » : barrage, expulsions et otages Ti’Temps

Le soir, on est montés à Paleto pour l’opération des clodos.

Pendant qu’une partie de ma famille – Jo, Mia, Abby et Tala – accompagnait les clodos pour vider les Ti’Temps et le Hen House de chez eux, Hank et moi étions postés plus loin, au barrage routier, pour sécuriser et surveiller la route.

Le plan des clodos, ils l’ont appliqué comme annoncé :

On a donc récupéré Amon et Logan avec le groupe, et on est partis tous ensemble vers la villa Vito.

Villa Vito : fouille, coffre fermé et tempête de feu

Arrivés à la villa de Kito Vito, on a réussi à rentrer. Sans surprise, l’alarme s’est déclenchée, et le LSSD est venu.

Pendant que Hank, Mia et moi fouillions la maison à la recherche de documents, les autres géraient les otages et la négociation avec les shériffs.

Les flics n’ont pas cherché l’escalade. Ils nous ont surtout demandé pour qui on bossait. On leur a répondu honnêtement. Ils ont fini par nous dire en gros de nous dépêcher, qu’ils avaient « autre chose à faire », puis ils ont décroché.

Dans la maison, on a mis la main sur beaucoup de documents (dont un Livre des résonances) et sur plusieurs choses notables :

On a aussi repéré deux obstacles importants dans le bureau de Kito :

L’idée a été évoquée – plus tard, au calme – qu’un jour il faudrait Kito lui‑même pour ouvrir cette porte. Pour l’instant, c’est juste une note de plus dans la colonne « choses à ne pas oublier ».

Au moment où on commençait à peine à se dire qu’on avait « le temps », le temps a lâché.

Nos compteurs se sont brouillés, l’affichage partait dans tous les sens. Une tempête s’est levée, avec des éclairs, des explosions. On ne voyait presque plus rien.

On a quitté la villa sans course‑poursuite classique : pas de girophare derrière nous, juste une impression de chaos. En voiture, la vision se troublait, la route devenait floue, et on entendait des déflagrations autour. Puis, d’un coup, plus rien. Tout est redevenu normal.

Retour au barrage : annonce du jugement au Temple

On est revenus à Paleto, au niveau du barrage routier.

Là, ma famille est repartie. Moi, je suis resté, en train de discuter avec le C.O.D.E., quand on a entendu Pasha Vito.

Il annonçait qu’il allait y avoir un jugement au Temple, et que tous les civils et « tous ceux qui entendent ce message » étaient invités. Il fallait se rendre à l’Avenger garé devant le poste du LSSD pour y être emmenés.

Avec le C.O.D.E., on s’est dit qu’il serait utile d’envoyer quelqu’un voir. J’ai donc transmis l’information à ma famille. Ils sont partis là‑bas.

Le temps de finir ma conversation et de retourner à la scierie chercher ma moto, j’ai commencé à recevoir des messages paniqués de leur part :

Je ne comprenais pas pourquoi ils paniquaient autant. On n’avait, de notre point de vue, rien fait de plus que les autres. Quand j’ai fini par leur demander qui était en train de se faire juger, la réponse est tombée : « les Dérivants ».

Ça m’a coupé net. Qu’ils ne me l’aient pas dit tout de suite m’a encore plus secoué. J’ai aussitôt appelé le C.O.D.E. et Ginette des Leftovers.

Ginette m’a prévenu que tous les Dérivants restants montaient au Temple. Pendant ce temps, je voyais des voitures arriver à la scierie pour gravir le Mont Chiliad. Je les ai rejoints.

Temple : trop tard pour les sauver

On est montés vers le Temple. Presque au sommet, on a entendu le coup de canne de Kito Vito. On a tout de suite compris qu’on arrivait trop tard.

Arrivés au pied du Temple, les Vito et l’Ordre se sont pointés et nous ont littéralement jetés en arrière. Certains se sont fait propulser loin derrière la ligne. Impossible d’approcher.

On a dû rebrousser chemin. J’ai voulu suivre l’équipe de Dérivants qui était encore sur place, mais Abby m’a appelé pour qu’on vienne les chercher de l’autre côté de la montagne, au pied.

J’ai lâché le groupe pour aller récupérer ma famille. Quelque temps plus tard, le C.O.D.E. m’a envoyé une position.

On les a rejoints là‑bas. Ils avaient récupéré les Dérivants jugés plus tôt au Temple.

Ils essayaient de les soigner, mais sans succès :

On a vite compris que quoi qu’ils fassent, en leur donnant des capsules, leur compteur ne montait plus au‑delà de 6h. Il restait au maximum à 6h et redescendait, ce qui veut dire qu’ils peuvent encore vivre, mais par tranches de quelques heures, à renouveler sans cesse.

En plus, pendant qu’ils étaient en train d’être opérés, une nouvelle brûlure est apparue toute seule, la même marque que celle de Kito, sur le visage de l’un d’eux.

Soirée au feu : marques et peur du temps

Après tout ça, je me suis retrouvé à discuter longtemps avec Blake et Ginette, autour d’un feu.

On a parlé de ce que nous avions trouvé à la villa : les documents, le Livre des résonances, les pilules EVE, l’éclat de cristal. On s’est promis de partager les scans et de lire tout ça ensemble.

Ensuite, la discussion a dérivé sur ce qui s’était passé au bunker des Dérivants et au Temple.

On a reparlé des fragments de journal de Kito Vito que j’avais transmis au C.O.D.E. :

À partir de là, Blake et Ginette ont posé une hypothèse qui tient trop bien la route pour la balayer :

On a mis ça en regard avec ce qui arrive à Eris et Asher :

Le C.O.D.E. refuse, et ils ont raison, de donner les détails techniques de leur machine, par sécurité. Mais ils confirment :

Pour eux, et pour nous ce soir‑là, ça ressemble à un système de défense : dès qu’on contrarie le temps ou qu’on brouille son contrôle, la marque réagit.

On a aussi beaucoup parlé de Kito lui‑même.

Plus on empile les textes qu’il a écrits, ce qu’il nous dit en direct, et ce qu’on observe, plus on a l’impression qu’il est coincé :

Blake le dit à sa manière : « il est contraint de croire ». S’il doute trop, il souffre, il risque sa famille. S’il obéit, il se tait, et la douleur se calme.

Ce soir‑là, en lisant les réponses qu’il envoyait par message, j’ai surtout vu quelqu’un qui a peur du temps, ou de ce que le temps (ou ce qui se cache derrière ce mot) pourrait encore lui faire.

Le C.O.D.E. veut continuer à compiler tout ça dans leur base de données. Leur objectif reste le même : comprendre ce qu’est vraiment ce temps qu’on nous vend comme une entité, et voir s’il existe un chemin pour se débarrasser des compteurs sans tout faire exploser.

Moi, je note surtout ceci :

Je ne sais pas encore si on se bat contre un programme, une croyance devenue vivante, ou une personne qui se cache derrière les mots « temps » et « cristal ».

Je sais juste qu’à force de voir des gens brûler vifs, je n’arrive plus à entendre leurs sermons sans penser à une chose très simple : ce ne sont pas des secondes qui nous jugent, ce sont des mains humaines qui appuient sur les leviers.

27 Février 2026

Anomalie au téléphérique : aspirés sans gagner de temps

En début de soirée, une anomalie est apparue juste en face de la scierie, sur le parking du téléphérique du Chiliad. J’y suis allé.

Sur place, il y avait un Rasta. Il m’a dit un truc qui, avec le recul, paraît évident : prévenir Synapse et attendre qu’ils arrivent pour savoir si l’anomalie est positive ou non avant d’y mettre un pied.

On a donc attendu Synapse. Une fois testée par leurs soins, ils ont conclu que l’anomalie n’avait aucune action sur notre temps : ni gains, ni pertes visibles. Juste le phénomène en lui‑même.

Pendant qu’on discutait encore, sans prévenir, l’anomalie s’est mise à attirer tout ce qui se trouvait autour : nous, les véhicules, tout.

On a tous été aspirés vers le centre, littéralement obligés d’aller à l’intérieur. L’anomalie ne donnait toujours pas de temps : elle nous rejetait simplement au point central.

Les véhicules, eux, se sont entrechoqués en même temps que nous, certains ont explosé. J’ai pris le choc, je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, plus tard, l’anomalie n’était plus là.

Des médecins étaient sur place. On devait être une bonne quinzaine de victimes. Ils nous ont passé des produits anti‑brûlures, bandages, tout ce qu’ils pouvaient, mais on était quand même brûlés.

Le médecin qui s’est occupé de moi m’a laissé entendre qu’il était Dérivant. Il a vu mon temps, m’a demandé si on avait des capsules à la maison. Je lui ai répondu la vérité.

Plus tard dans la soirée, d’autres anomalies sont encore apparues ailleurs sur l’île, mais rien d’aussi violent ou aussi étrange que celle‑là.

Visite des Dérivants : mettre les choses au clair sur le Temple

Plus tard, les Dérivants m’ont contacté. Ils voulaient me parler en face. Ils sont venus jusqu’à la scierie.

Les premiers mots ont été secs : ils m’ont demandé si j’avais été au Temple pendant le jugement et ont lâché quelque chose comme :

« Alors comme ça, on va au Temple et on aide pas à sauver les nôtres ? »

Je leur ai expliqué calmement comment ça s’était passé de mon côté :

En posant les choses étape par étape, la tension est tombée assez vite. On n’était pas là pour se renvoyer la faute, juste pour que chacun comprenne ce que l’autre avait fait – ou pas fait.

Ils m’ont ensuite demandé qui était présent au Temple et qui est entré dans la salle du Cristal.

Je leur ai répondu ce que je savais :

En pratique, ça voulait dire tout le monde sauf nous.